31 mai 2026

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Burkina Faso: une attaque djihadiste sanglante décime des civils à barsalogho

Un camp de déplacés internes à Barsalogho, région Centre-Nord du Burkina Faso, théâtre de l’attaque islamiste, en 2020.

Le Burkina Faso a été le théâtre d’une attaque djihadiste dévastatrice à Barsalogho, dans la région Centre-Nord. Plus d’une centaine de personnes, majoritairement des civils, ont trouvé la mort alors qu’elles creusaient des tranchées défensives autour de leur localité, une mesure censée les protéger des incursions terroristes. Des assaillants à moto ont ouvert le feu sans distinction sur la population, transformant un travail de défense en une tragédie sans nom. Quelques heures après ce carnage, le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), entité liée à Al-Qaïda, a revendiqué la responsabilité de cette attaque meurtrière. Ces civils avaient été contraints à cette tâche par le capitaine Ibrahim Traoré, président de la junte militaire au pouvoir depuis 2022, dans le cadre de sa stratégie de lutte contre le terrorisme.

Bien que le bilan précis reste incertain, cette attaque s’inscrit parmi les plus sanglantes contre des civils au Burkina Faso ces dernières années. Les estimations varient entre 100 et 200 décès, et l’on dénombre également 140 blessés, transférés vers l’hôpital de Kaya, situé à environ 45 kilomètres, ainsi que vers d’autres centres médicaux régionaux. Parmi les victimes figurent de nombreux membres des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), une milice civile mise en place par le gouvernement burkinabè pour appuyer les forces armées dans leur combat contre le terrorisme. Les assaillants sont également parvenus à saisir des armes et une ambulance militaire.

La région Centre-Nord du Burkina Faso est malheureusement une zone fréquemment touchée par des embuscades, des attaques et l’emploi d’engins explosifs, actions menées par la branche locale du JNIM, reconnue comme le groupe djihadiste le plus actif et redoutable au cœur du Sahel. Cette région accueille également des dizaines de milliers de personnes déplacées internes, fuyant la violence grandissante dans les zones plus septentrionales du pays. Barsalogho, la localité frappée, se trouve à 145 kilomètres de la capitale, Ouagadougou.

Depuis sa prise de pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Traoré a érigé en priorité absolue la lutte contre les groupes djihadistes et la reconquête de l’intégralité du territoire national. «Je consacre 80% de mon temps à la guerre», avait-il affirmé récemment. Malgré le déploiement d’une centaine d’instructeurs et de mercenaires russes, leur mission semble principalement axée sur la protection personnelle du capitaine Traoré. Ce dernier a privilégié une stratégie de «reconquête» basée sur l’acquisition de moyens matériels modernes, tels que des drones de combat d’origine turque, et sur une forte implication de la population civile, notamment par le recrutement massif de volontaires. Il est à noter que des dizaines de civils ont également été envoyés au front en guise de sanction pour leurs critiques envers la junte militaire.

Des volontaires sans ressources suffisantes

Les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), dont environ 30 000 sont positionnés en première ligne de défense, bénéficient d’une formation militaire rudimentaire. Cependant, ils se retrouvent souvent dépourvus d’armes ou de munitions adéquates pour faire face aux menaces terroristes. Cette vulnérabilité les expose directement, faisant d’eux des cibles privilégiées pour les groupes radicaux, comme en témoigne la récente attaque de Barsalogho. Le Projet de Données sur les Événements et les Localisations de Conflits Armés (Acled) estime qu’environ 5 000 volontaires ont péri dans diverses attaques depuis la création des VDP en 2019. Malgré leur fort engagement patriotique, une source burkinabè proche des VDP révèle un mécontentement croissant au sein de leurs rangs. Pour leur service, ces volontaires perçoivent une prime mensuelle d’environ 120 euros.

Le Burkina Faso est confronté à une insurrection djihadiste persistante depuis 2015, avec une intensité particulière dans le nord, l’est et l’ouest du pays. Ce conflit a déjà entraîné la mort de milliers de personnes et provoqué le déplacement de plus de deux millions de citoyens à l’intérieur des frontières. On estime que plus de la moitié du territoire burkinabè échappe désormais au contrôle de l’État. Dans de vastes zones rurales, la présence des forces de défense et de sécurité se limite principalement aux axes routiers majeurs et aux agglomérations importantes. Les attaques djihadistes ciblant militaires et civils, souvent des volontaires ou leurs familles, sont incessantes. Cependant, des accusations de violence sont également portées contre l’armée et les VDP eux-mêmes. En avril dernier, Human Rights Watch a dénoncé l’implication des Forces Armées et de leurs auxiliaires civils dans le massacre de 223 personnes, dont 56 enfants, perpétré dans deux villages du nord du pays, des allégations que le gouvernement burkinabè a fermement niées.

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