4 juin 2026

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Bénin : déjouée, la tentative de coup d’état à Cotonou secoue la région

Ce que l’on sait de la tentative de coup d’État au Bénin ce dimanche matin  (Photo du président du Bénin Patrice Talon)

Le Bénin a été le théâtre d’une tentative de coup d’État ce dimanche 7 décembre au matin. Le gouvernement béninois a rapidement annoncé avoir « mis en échec » cette manœuvre à Cotonou, survenue après que des militaires ont diffusé un message télévisé déclarant la destitution du président Patrice Talon.

Selon son entourage, Patrice Talon est en sécurité. Il est censé quitter ses fonctions en avril prochain, après avoir effectué deux mandats à la tête de ce pays côtier d’Afrique de l’Ouest. Malgré une croissance économique notable, le nord du Bénin est confronté à une recrudescence des violences djihadistes.

La situation demeurait tendue et incertaine à Cotonou dimanche midi. Des coups de feu ont été rapportés dans la capitale économique, et des soldats ont été aperçus bloquant les accès au palais présidentiel. Cependant, dans d’autres zones de la ville, la vie quotidienne des habitants semblait se poursuivre normalement. Voici les informations disponibles sur cet événement.

Le « Comité militaire pour la refondation » se manifeste

Ce dimanche matin, un groupe de huit militaires, reconnaissables à leurs bérets de diverses couleurs et équipés de fusils d’assaut, ont pris la parole sur la télévision béninoise. Se présentant comme le « Comité militaire pour la refondation » (CMR), ils ont affirmé avoir démis le président Patrice Talon de ses fonctions.

Ils ont ensuite désigné un lieutenant-colonel comme « président du CMR ». Pour justifier cette tentative de prise de pouvoir, les putschistes ont invoqué plusieurs motifs : la « dégradation continue de la situation sécuritaire au nord du Bénin », le « manque de considération envers les soldats tombés au front et leurs familles laissées à leur sort », ainsi que des « promotions injustes au détriment des plus méritants ».

Le CMR a également critiqué ce qu’il a qualifié de « remise en cause déguisée des libertés fondamentales » par le pouvoir en place, et a formulé diverses revendications d’ordre social.

Le président sécurisé, l’armée loyale reprend le contrôle

Toutefois, l’armée béninoise n’a pas apporté son soutien aux mutins. Alassane Seidou, ministre béninois de l’Intérieur, a déclaré plus tard à la télévision que « face à cette situation, les forces armées béninoises et leur hiérarchie, fidèles à leur serment, sont restées républicaines. Leur riposte a permis de garder le contrôle de la situation et de faire échec à la manœuvre ». Ces déclarations faisaient écho aux tirs entendus à Cotonou dimanche, rapportés par plusieurs témoins à l’AFP.

L’entourage du président Talon avait déjà confirmé à l’AFP dans la matinée qu’il était en sécurité et que les forces armées reprenaient le contrôle de la ville. Une source proche a qualifié les putschistes de « groupuscule de personnes qui ont uniquement la télévision », ajoutant que « l’armée régulière reprend le contrôle. La ville (Cotonou) et le pays sont totalement sécurisés ».

Un journaliste de l’AFP a constaté que l’accès à la télévision nationale et à la présidence était bloqué par des militaires. De même, plusieurs zones stratégiques, incluant le Sofitel, un hôtel cinq étoiles de la capitale économique, ainsi que les quartiers abritant des institutions internationales, étaient interdits d’accès.

Opérations de « nettoyage » en cours

Une source militaire, citée par l’AFP, a confirmé que la situation était « sous contrôle » et que les putschistes n’avaient réussi à s’emparer « ni du domicile du chef de l’État », ni de la « présidence de la République ». « C’est une question de temps pour que tout rentre dans l’ordre. Le nettoyage suit bien son cours », a précisé cette même source.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a « fermement condamné cette action anticonstitutionnelle qui constitue une subversion de la volonté du peuple béninois ». Dans un communiqué, l’organisation a exprimé son « soutien au gouvernement et au peuple (béninois) par tous les moyens nécessaires ».

L’Union africaine (UA) a également réagi, condamnant « fermement et sans équivoque » cette tentative de coup d’État. Via un communiqué publié sur X, l’UA a appelé les militaires à « rentrer dans leurs casernes » et a exhorté « tous les acteurs impliqués dans la tentative de coup d’État à cesser immédiatement toutes actions illégales » et à « retourner sans attendre à leurs obligations professionnelles ».

Le Bénin : entre développement et virage autoritaire

L’histoire politique du Bénin a été marquée par de multiples coups d’État et tentatives. Patrice Talon, arrivé au pouvoir en 2016, devrait achever son second et dernier mandat constitutionnel en 2026.

Le principal parti d’opposition est aujourd’hui exclu de la prochaine course présidentielle, laissant la compétition se jouer entre le parti au pouvoir et un opposant qualifié de « modéré ».

Bien que salué pour ses efforts en faveur du développement économique du Bénin, Patrice Talon est souvent critiqué par ses détracteurs pour avoir instauré un virage autoritaire. Ce changement est perçu comme un recul pour un pays autrefois reconnu pour la vitalité de sa démocratie.

Cette tentative de coup d’État au Bénin s’inscrit dans un contexte régional agité, l’Afrique de l’Ouest ayant connu plusieurs changements de pouvoir par la force depuis le début de la décennie, notamment au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée et, plus récemment fin novembre, en Guinée-Bissau.

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