Au Niger, l’or noir s’épuise mais la population étouffe : qui profite vraiment des milliards du pétrole ?

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Chez un pays où chaque goutte de pétrole extraite devrait, en théorie, faire vivre des millions de citoyens, pourquoi les Nigeriens trinquent-ils encore dans l’opacité et les pénuries ? Alors que les autorités de Niamey affirment œuvrer pour la stabilité, les dernières mesures prises contre les mobilisations citoyennes sur la gestion de l’or noir révèlent une toute autre réalité. Le Collectif citoyen pour la sauvegarde de la patrie a vu son appel à manifester le 21 octobre violemment étouffé par un veto administratif, au nom d’une sécurité publique qu’on peine à concilier avec les files d’attente interminables devant les rares pompes encore ouvertes. La transparence sur l’exploitation des gisements d’Agadem et l’affectation des recettes ne semble décidément pas une priorité.

Une filière pétrolière à l’arrêt : les failles d’un système verrouillé

Pour un État classé parmi les plus pauvres au monde malgré ses ressources naturelles abondantes, la crise actuelle de carburant est un paradoxe difficile à justifier. Les stations-service de Niamey, autrefois approvisionnées par un flux régulier de produits raffinés, affichent désormais des panneaux « rupture de stock » plus fréquemment que des prix affichés. Plusieurs défaillances structurelles expliquent ce naufrage silencieux :

  • Une raffinerie asphyxiée par son propre déclin : l’usine de Zinder (SORAZ), cœur historique du raffinage nigérien, peine à suivre la demande nationale. Son équipement obsolète, rongé par les pannes répétées, limite drastiquement sa capacité à transformer le brut local en carburant utilisable. Résultat, la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) doit importer coûteusement une partie des stocks, un paradoxe pour un pays exportateur de pétrole brut.
  • L’effondrement du carburant nigérian : un facteur aggravant : pendant des années, le pétrole subventionné du Nigeria voisin a permis de combler les lacunes de la production locale. Mais l’arrêt des subventions à Abuja a transformé ce filet de sécurité en gouffre financier, faisant exploser les prix et rendant inaccessible ce carburant bon marché. Les frontières poreuses, autrefois une aubaine, sont devenues une faille exploitable par les spéculateurs.
  • Des infrastructures à bout de souffle : le transport du carburant depuis Zinder vers les grandes villes repose sur un parc de camions-citernes vieillissants, naviguant sur des routes dégradées où chaque voyage devient un parcours du combattant. Les retards s’accumulent, les coûts grimpent, et les ruptures de stock se multiplient.
  • Une gouvernance en lambeaux : la Sonidep, pilier de la distribution, est minée par des luttes internes et une opacité persistante. Le limogeage surprise de son directeur général par le général Abdourahamane Tiani a révélé les tensions sous-jacentes : où vont les recettes ? Pourquoi les stocks disparaissent-ils sans explication ?
  • Des tensions géopolitiques qui aggravent la crise : les relations tendues avec les pays voisins, couplées aux blocages autour de l’oléoduc d’Agadem, ont retardé voire annulé des entrées de devises pourtant vitales. Les espoirs de retombées économiques se heurtent à une réalité administrée par la méfiance.

Face à cette accumulation de dysfonctionnements, le gouvernement ne propose que des réponses court-termistes, symptomatiques d’une gestion à bout de bras.

L’État face à ses contradictions : réprimer plutôt que réformer

Plutôt que de s’attaquer aux racines du problème, l’exécutif privilégie des mesures autoritaires pour étouffer toute critique. Depuis le 19 octobre, les stations-service de Niamey tombent en léthargie chaque nuit : plus de carburant vendu entre 21h et 6h, et l’usage de bidons est désormais interdit. Une décision présentée comme une réponse à la pénurie, mais qui, dans les faits, bride l’accès au carburant pour les travailleurs de nuit et les urgences.

Autre mesure spectaculaire : la suspension des exportations de carburant, décidée le 12 octobre. Officiellement, il s’agit de prioriser le marché local. Dans les faits, cette décision illustre l’incapacité à gérer efficacement les stocks et à anticiper les besoins. Quand une économie dépend d’un secteur aussi stratégique, une telle instabilité interroge : où passe l’or noir ? Qui en décide ?

En interdisant toute mobilisation citoyenne sur le sujet, le régime de transition ferme la porte à toute remise en cause de sa politique énergétique. Pourtant, c’est bien cette opacité qui nourrit la défiance et aggrave la crise. Pour un pays qui mise sur son pétrole pour se développer, l’échec est cuisant : les milliards ne profitent pas aux populations, mais alimentent un système où l’urgence prime sur l’équité.

Que reste-t-il aux Nigeriens ? Entre espoirs déçus et colère grandissante

Alors que les autorités brandissent la stabilité sociale comme prétexte à leur intransigeance, les habitants de Niamey subissent au quotidien les conséquences de cette gouvernance erratique. Les files d’attente s’allongent, les prix flambent, et la confiance dans les institutions s’effrite. Les promesses de transparence s’effacent devant les restrictions, et les recettes pétrolières, censées financer les services publics, semblent se dissoudre dans un labyrinthe de gabegie et de non-dits.

Pour un pays dont le sous-sol regorge de richesses, le choix n’est plus seulement économique : il est politique. Soit les autorités engagent une refonte profonde du secteur, soit l’or noir continuera de couler… sans éclairer le quotidien des Nigeriens.

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