15 août 2026

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Algerie et Sahel : une offensive diplomatique face aux ambitions marocaines

L’Algérie relance son influence au Sahel face à la montée en puissance du Maroc

Depuis plusieurs semaines, Alger multiplie les initiatives pour renouer des liens étroits avec le Mali et le Niger. La réouverture de l’espace aérien malien aux appareils algériens, la livraison de matériel militaire au Niger ainsi que la relance de projets énergétiques communs illustrent cette volonté de retrouver une place centrale dans la région. Objectif affiché : contrer l’avancée diplomatique et économique du Maroc au Sahel, où Rabat renforce son emprise par des partenariats variés.

Un revirement spectaculaire avec Bamako après quinze mois de crise

Le 10 juillet, les deux pays ont marqué un tournant en rétablissant leurs relations diplomatiques, rompues dans un contexte de tensions extrêmes. Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako, tandis que le Mali annonçait simultanément le retour de son représentant à Alger et la réouverture de son espace aérien. Ce rapprochement, qualifié de « convergence totale de vues » par le premier ministre malien Abdoulaye Maïga, dépasse la simple normalisation administrative. Il s’agit pour l’Algérie de retrouver un rôle clé dans les discussions régionales sur la sécurité et la stabilité du Sahel occidental.

Cette réconciliation intervient après une crise marquée par des accusations mutuelles, notamment après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne en avril 2025. Le Mali avait saisi la Cour internationale de Justice, tandis qu’Alger refusait la compétence de cette instance. Le Niger, troisième membre de l’Alliance des États du Sahel (AES), a joué un rôle facilitateur dans ce rapprochement, renforçant ainsi la dimension régionale du processus.

Le Niger, laboratoire d’une stratégie algérienne renouvelée

Avec Niamey, Alger a franchi une étape supplémentaire en livrant quatre hélicoptères militaires (deux Mi-24V et deux Mi-171), accompagnés de matériel logistique et de munitions. Peu après, le premier ministre algérien s’est rendu sur place pour inaugurer les travaux de forage du puits Kafra Sud-Est 1. Simultanément, Sonatrach et la Sonidep ont lancé la première commercialisation conjointe du pétrole nigérien. Ces gestes combinent sécurité, énergie et économie, trois piliers essentiels pour renforcer la présence algérienne face à la concurrence marocaine.

Cette approche s’inscrit dans le cadre d’une grande commission mixte algéro-nigérienne, réunie en mars, qui a défini des axes stratégiques couvrant l’énergie, les transports, la santé et les infrastructures. Les deux gouvernements ont qualifié leur partenariat de « stratégique et irréversible », bien que certains projets restent encore à concrétiser.

Une bataille d’influence au cœur de l’AES

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel, ont rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et renforcé leurs liens avec Moscou. Leur recherche de nouveaux alliés crée une opportunité pour Alger, qui cherche à regagner une influence perdue. Cependant, cette recomposition régionale est aussi une menace : le Maroc, troisième acteur majeur, a développé une stratégie multidimensionnelle associant diplomatie, investissements et coopération religieuse.

Selon des analystes comme l’International Crisis Group, Rabat a profité du déclin de l’influence algérienne pour s’imposer comme un partenaire incontournable. Contrairement à son voisin, qui mise sur des leviers militaires et énergétiques, le Maroc a construit un réseau d’intérêts durables, allant des banques aux infrastructures en passant par la formation religieuse. Pour Alger, l’enjeu est désormais de freiner cette avancée et de récupérer des positions perdues.

La rivalité algéro-marocaine s’intensifie sur le Sahara occidental

La concurrence entre les deux pays dépasse le cadre sahélien. Le Mali a récemment retiré sa reconnaissance de la RASD et soutenu le plan d’autonomie proposé par le Maroc, tandis que les trois États de l’AES ont progressivement renforcé leurs relations avec Rabat. Pour Alger, cette évolution est un camouflet : elle touche directement à la capacité de chaque pays à rallier les capitales africaines à sa vision du dossier du Sahara.

Face à cette situation, Alger adopte une politique de rattrapage, axée sur la récupération de positions anciennes plutôt que sur la proposition d’une offre propre. Le Niger incarne cette stratégie, avec des engagements concrets en matière de sécurité et d’énergie, tandis que le Mali représente un test diplomatique majeur. Le Burkina Faso, bien que moins visible, complète ce dispositif. Cependant, cette approche reste fragile, car elle semble davantage motivée par la frustration de voir le Maroc tirer profit des erreurs algériennes que par une vision constructive d’influence durable.

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