334 milliards FCFA d’arriérés fiscaux au Niger : l’État face à l’impunité des géants économiques
Un manque à gagner colossal révélé
Les chiffres donnent le vertige. Pas moins de 334 milliards de francs CFA d’arriérés fiscaux s’accumulent dans les caisses de l’État nigérien, selon un constat établi par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et le ministère de l’Économie et des Finances. Une somme astronomique qui met en lumière l’incapacité chronique de l’administration à faire rentrer l’argent dû par les plus grandes entreprises du pays.
Deux poids, deux mesures
Le petit commerce et les PME sont les premières victimes de cette injustice. Fermetures administratives, redressements surprises pour quelques centaines de milliers de francs : la pression est maximale sur les acteurs les plus fragiles. À l’inverse, les grandes sociétés bénéficient d’une indulgence pour le moins suspecte. Cette asymétrie flagrante démontre l’échec de l’autorité publique dès qu’il s’agit de s’attaquer à des intérêts financiers puissants.
Les télécoms, rois de l’ardoise
Les opérateurs de téléphonie mobile, notamment Airtel Niger et Zamani Telecom (ex-Orange Niger), accumulent des contentieux fiscaux de plusieurs dizaines de milliards de FCFA. Plus de 30 milliards de francs CFA sont régulièrement en jeu après des audits de la Direction générale des impôts. Pourtant, des arrangements à l’amiable opaques viennent systématiquement gommer ou réduire drastiquement les pénalités dues au Trésor public.
Mines et BTP : des exonérations qui pèsent
Dans le secteur extractif, l’extraction de l’uranium par la Sopamin et les filiales d’Orano (ex-Areva) a longtemps bénéficié d’exonérations fiscales excessives. Un manque à gagner abyssal justifié par la préservation d’investissements dits stratégiques. Même son de cloche du côté des grands groupes du BTP et du commerce d’import-export : plusieurs multinationales et consortiums adjudicataires de marchés publics affichent des créances fiscales non purgées de plusieurs dizaines de milliards, sans qu’aucune saisie ni suspension de contrat ne soit réellement appliquée.
Un discours de souveraineté décrédibilisé
Récupérer ne serait-ce que la fraction mobilisable de ces arriérés injecterait entre 134 et 168 milliards de FCFA dans les caisses de l’État, soit 0,4 à 0,6 point de PIB. L’incapacité à procéder à ces recouvrements traduit une faillite de l’autorité publique. Tant que cette politique du deux poids deux mesures perdurera, toute rhétorique sur la souveraineté ou le civisme fiscal restera une imposture destinée à masquer le pillage des finances publiques par une oligarchie économique.