15 septembre 2026

Niger libéré

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L’illusion souverainiste : quand le Burkina Faso change de tuteur sans gagner en liberté

Le général Yacouba Isaac Zida a récemment brisé le silence avec une déclaration cinglante : « La véritable souveraineté ne consiste pas à choisir de qui dépendre, mais à se donner les moyens de ne dépendre de personne. » Cette phrase, prononcée par l’ancien chef de la transition burkinabè, aujourd’hui exilé et radié de l’armée pour désertion, met en lumière les contradictions profondes du régime du capitaine Ibrahim Traoré et de son alliance avec les États du Sahel (AES).

Un constat sans concession sur la souveraineté

En dénonçant l’imposture politique, Zida ne se contente pas de critiquer l’actuel pouvoir de Ouagadougou. Il incarne lui-même les paradoxes d’une classe militaire burkinabè qui, depuis des décennies, oscille entre promesses de rupture et échecs répétés. Son parcours, marqué par l’exil et la disgrâce, souligne la difficulté pour le pays de sortir d’un cycle d’instabilité chronique.

Les quatre piliers d’une dépendance persistante

Derrière les discours anti-impérialistes, le régime de transition peine à masquer une réalité bien moins glorieuse : celle d’une dépendance multiforme qui continue de dicter la marche du pays. Loin de s’affranchir, le Burkina Faso s’enfonce dans de nouvelles formes de sujétion.

1. Le piège militaire et doctrinal

L’ambition affichée de bâtir une armée nationale souveraine se heurte à un constat implacable : le recours massif à des instructeurs et paramilitaires étrangers, notamment russes. Les équipements présentés comme « fabriqués localement » ne sont, dans les faits, qu’assemblés sur place, révélant une subordination totale aux chaînes logistiques extérieures. La dépendance aux vecteurs aériens, munitions et blindés légers reste entière.

2. La dépendance alimentaire : une humiliation quotidienne

La rhétorique de l’auto-prise en charge s’effondre face à l’évidence. La mise en scène autour de la réception de dons de blé russe ou les appels répétés à l’aide humanitaire internationale pour nourrir les déplacés illustrent l’incapacité du régime à assurer la subsistance de base de ses citoyens. Comment prétendre à la souveraineté quand on ne peut pas nourrir sa population ?

3. La vulnérabilité financière et budgétaire

Incapable de financer son budget de crise par des ressources internes assainies, le pouvoir militaire se tourne vers des expédients et des prêts d’urgence contractés auprès de nouveaux parrains géopolitiques. Cette fuite en avant compromet l’avenir économique des générations futures, tout en maintenant le pays sous perfusion étrangère.

4. L’impasse technologique et stratégique

Qu’il s’agisse de la fourniture d’intrants agricoles ou d’équipements énergétiques, l’absence d’un tissu industriel autonome condamne le pays à quémander hors de ses frontières ce qu’il est incapable de produire. Une dépendance qui mine toute velléité de souveraineté réelle.

L’AES : un slogan supranational pour masquer la faillite interne

La précipitation à créer une armée confédérale et des structures supranationales au sein de l’AES apparaît comme une fuite en avant propagandiste. Deux dynamiques perverses se dégagent :

  • La démission face aux urgences intérieures : prétendre fusionner des souverainetés régionales alors que le territoire national reste largement hors de contrôle de l’État relève de l’aveuglement stratégique. La priorité absolue devrait être la sécurisation des populations et la consolidation des institutions de base, et non l’empilement de coquilles vides.
  • La mise en scène de la légitimité : la multiplication des sommets et des déclarations enflammées sert avant tout de bouclier politique pour pérenniser des régimes d’exception non élus, au détriment d’une planification rigoureuse et réaliste.

Une souveraineté authentique ne s’exhibe pas dans des parades militaires ni dans la dépendance aux distributions de céréales étrangères. En substituant le patronage de Moscou à celui de Paris, le capitaine Traoré n’a pas affranchi le Burkina Faso : il en a simplement changé le tuteur.

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