15 mai 2026

Niger libéré

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Urgence humanitaire : amnesty dénonce les entraves à la circulation au Mali

urgence humanitaire : amnesty dénonce les entraves à la circulation au Mali

Alors que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) impose un blocus meurtrier autour de Bamako, des milliers de civils maliens subissent les conséquences dramatiques de cette asphyxie progressive. Les régions du centre et du nord du pays, déjà fragilisées par des années d’insécurité, paient un lourd tribut face aux offensives des groupes armés.

Passants dans une rue de Bamako après des attaques contre des bases militaires

un blocus aux conséquences humanitaires désastreuses

L’ONG Amnesty International a tiré la sonnette d’alarme, exigeant du Jnim qu’il cesse immédiatement ses attaques ciblant la liberté de circulation des populations civiles. Depuis fin avril, les jihadistes bloquent plusieurs axes routiers vitaux menant à Bamako, une ville entièrement dépendante des importations terrestres en raison de son enclavement géographique.

Dans un communiqué alarmant, l’organisation souligne : « Le blocus actuel de la capitale malienne expose les civils à des violations graves de leurs droits fondamentaux : sécurité alimentaire, accès aux soins et droit à la vie sont désormais compromis. »

Un exemple édifiant : le 6 mai dernier, des camions transportant des denrées alimentaires (fruits notamment) entre Bamako et Bougouni ont été ciblés. Selon Amnesty, ces véhicules civils, « non escortés par l’armée et sans lien avec du matériel ou du personnel militaire », ont été pris pour cible, aggravant la crise humanitaire.

Hélicoptère survolant un convoi de camions-citernes sur la route nationale 7 au Mali

Kidal sous tension : entre coupures et captifs

La situation à Kidal, ville du nord du Mali contrôlée depuis fin avril par une alliance de rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) et de jihadistes du Jnim, se dégrade rapidement. L’armée malienne a annoncé une intensification de ses frappes aériennes sur la zone, tandis que les séparatistes revendiquent la capture de 200 militaires maliens lors des attaques du 25 avril.

Une habitante de Kidal témoigne : « Les coupures d’électricité sont quotidiennes, et les communications avec l’extérieur sont quasi impossibles. » Elle décrit une atmosphère de méfiance généralisée, où la population ignore à qui se fier dans ce chaos.

À Gao, malgré le contrôle gouvernemental, la méfiance persiste. Une résidente confie que « les prix des denrées ont explosé : le kilo d’oignon coûte désormais deux fois plus cher qu’avant. »

le centre du Mali : un territoire sous emprise jihadiste

Les zones rurales du centre, comme la rive gauche du fleuve Niger (région de Ségou) ou une partie de celle de Koulikoro, sont désormais sous l’emprise des groupes armés. Les autorités locales y sont absentes, remplacées par un système de zakat imposée aux villages. Résultat : plus de 2 300 écoles ont fermé leurs portes, principalement dans le nord et le centre, privant des milliers d’enfants d’éducation.

Pour Abdoulaye Sounaye, chercheur spécialiste du djihadisme au Sahel, « les forces en présence observent, se réorganisent et se réarment. L’armée malienne, comme le Jnim et le FLA, se prépare à une escalade des hostilités. »

Il ajoute : « Entre ces belligérants, ce sont les civils qui trinquent. Les exactions se multiplient, et la population est prise en étau. »

Soldats du FLA entrant dans la caserne de l'ex-Wagner à Kidal

vers une solution politique ?

Plusieurs experts, dont Ahmed Ould Abdallah (centre 4S) et Abdoulaye Sounaye, plaident pour un dialogue national inclusif afin de résoudre la crise. « Le gouvernement malien doit ouvrir des négociations avec toutes les composantes du pays pour éviter une crise éternelle. »

Cependant, Bamako rejette officiellement tout dialogue avec le FLA et le Jnim, qualifiés de groupes terroristes. Pourtant, des négociations secrètes ont déjà eu lieu pour assurer l’approvisionnement en carburant, preuve que des canaux de communication existent.

Selon Ahmed Ould Abdallah, « la solution passe par un règlement politique. Le pouvoir doit déclarer sa volonté de discuter avec tous, y compris avec les groupes armés, pour trouver un accord durable. »

Abdoulaye Sounaye, optimiste, prédit : « Tôt ou tard, les parties seront contraintes de s’asseoir autour d’une table. L’urgence est de protéger les civils avant que la situation ne devienne ingérable. »

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