Tessit : le coût humain et économique d’une guerre sans fin pour les habitants du Sahel

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Les affrontements du 9 octobre 2026 entre le JNIM et l’État islamique au Sahel, dans la zone de Tessit, à la frontière du Burkina Faso, ne sont pas qu’un simple épisode de plus dans la longue litanie des violences sahéliennes. Pour les populations civiles, ils signifient une nouvelle fois des déplacements forcés, des activités économiques paralysées et un accès aux services essentiels toujours plus compromis. Derrière les revendications contradictoires des deux groupes, c’est bien la question des conséquences concrètes pour les citoyens et les acteurs locaux qui se pose avec acuité.

Une guerre de positions aux effets dévastateurs pour les civils

Ce vendredi 9 octobre 2026 au matin, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique au Sahel (EI-S) se sont violemment affrontés dans la zone de Tessit, le long de la frontière burkinabè. Les deux organisations rivales revendiquent chacune la victoire et la conquête de nouveaux territoires. Ces récits opposés ne permettent pas d’établir l’issue réelle des combats, mais ils confirment une réalité préoccupante : les groupes armés continuent de se disputer le contrôle de zones entières, au prix d’une insécurité qui pèse lourdement sur les habitants.

Pour les populations locales, les conséquences sont immédiates et durables. Les affrontements perturbent les déplacements, compromettent les activités agricoles et commerciales, et compliquent l’accès aux soins et à l’éducation. Chaque nouvelle confrontation entre le JNIM et l’EI-S enfonce un peu plus ces régions dans une crise humanitaire qui ne dit pas son nom.

Des groupes armés toujours capables de défier les États de l’AES

Ces combats mettent en lumière une contradiction majeure dans le discours sécuritaire des régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Depuis leur arrivée au pouvoir, les autorités militaires ont fait de la reconquête de la souveraineté et de la lutte contre le terrorisme des arguments centraux de leur légitimité. Pourtant, la persistance des groupes armés et leur capacité à se déplacer, à s’organiser et à s’affronter sur le terrain soulèvent des interrogations sur l’efficacité des stratégies mises en œuvre.

Le véritable problème ne réside pas uniquement dans l’existence de groupes terroristes, mais aussi dans la difficulté persistante des États à empêcher leur implantation durable sur leurs territoires. Les affrontements de Tessit illustrent cette réalité : pendant que les deux organisations se disputent des positions, les populations continuent de subir les conséquences d’une insécurité qui ne disparaît pas malgré les promesses répétées de rétablissement de l’ordre.

Les autorités de l’AES dénoncent régulièrement des ingérences extérieures et accusent, selon les circonstances, certains pays voisins de faciliter les activités de groupes armés ou de servir de bases arrière à leurs combattants. Ces accusations doivent cependant être examinées à la lumière de preuves vérifiables. La présence de groupes terroristes sur le territoire d’un pays ne démontre pas, à elle seule, que ses dirigeants les soutiennent ou les hébergent volontairement.

Il reste néanmoins une question incontournable : comment les gouvernements militaires peuvent-ils justifier leurs résultats sécuritaires lorsque des groupes armés continuent d’opérer dans les zones où l’État peine à rétablir durablement son autorité ?

Changement de partenaires et limites des stratégies actuelles

L’un des principaux enjeux pour les régimes militaires sahéliens est désormais de démontrer que leurs choix stratégiques produisent des résultats concrets. Le changement de partenaires militaires, le départ des forces occidentales et le rapprochement avec la Russie ont été présentés comme des moyens de reprendre le contrôle de la situation sécuritaire.

Or, ces changements ne suffisent pas, à eux seuls, à éliminer les groupes armés. Les difficultés persistantes au Mali et les violences qui touchent différentes régions du Sahel rappellent que la lutte contre le terrorisme dépend également du renseignement, de la présence effective de l’administration, de la protection des civils et de la capacité des forces de sécurité à tenir les territoires reconquis.

Un rapport des Nations unies publié en 2026 décrit d’ailleurs une activité persistante du JNIM et de l’État islamique au Sahel, notamment dans les zones de Tessit et de Ménaka, au Mali, ainsi que dans certaines régions du Niger et du Burkina Faso. Il relève également des affrontements entre ces organisations pour le contrôle territorial.

Cette réalité fragilise les discours qui présentent les difficultés sécuritaires comme la conséquence exclusive de manœuvres extérieures. Les facteurs régionaux et transfrontaliers existent, mais ils ne dispensent aucun gouvernement de répondre de ses propres résultats.

Quand l’insécurité devient un enjeu politique et économique

La gestion de la menace terroriste soulève également une question politique plus large : comment éviter que l’insécurité persistante ne devienne un argument permanent pour justifier la concentration du pouvoir et le report du retour à un ordre constitutionnel normal ?

Il serait hasardeux d’affirmer, sans preuves, que les dirigeants de l’AES hébergent ou nourrissent volontairement des groupes terroristes afin de se maintenir au pouvoir. Une telle accusation nécessite des éléments concrets, indépendants et vérifiables.

En revanche, il est légitime d’interroger les conséquences politiques d’une situation dans laquelle la menace sécuritaire demeure omniprésente, tandis que les autorités militaires continuent de présenter la lutte contre le terrorisme comme une justification majeure de leur gouvernance.

La distinction est fondamentale : dénoncer l’exploitation politique possible de l’insécurité ne revient pas à affirmer que les dirigeants organisent eux-mêmes cette insécurité. La première démarche relève de l’analyse politique ; la seconde exige des preuves.

Des attentes concrètes, au-delà des discours

À Tessit, les revendications opposées du JNIM et de l’État islamique ne permettent pas encore de déterminer avec certitude lequel des deux groupes a remporté les affrontements du 9 octobre. Mais cette incertitude ne change rien à l’enjeu principal : ces organisations restent capables de mener des opérations et de contester le contrôle de certaines zones.

Pour les habitants, les conséquences sont bien réelles. L’insécurité compromet les déplacements, perturbe les activités économiques et complique l’accès aux services essentiels. Les discours sur la souveraineté, les alliances internationales et les ennemis extérieurs ne peuvent durablement remplacer des résultats mesurables sur le terrain.

Les gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger sont donc confrontés à une exigence simple : démontrer leur capacité à protéger les populations, à empêcher les groupes armés de s’implanter durablement et à rétablir une présence publique effective dans les zones affectées.

La souveraineté ne se mesure pas seulement aux partenaires que l’on choisit ou aux forces étrangères que l’on fait partir. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à protéger ses citoyens sur son propre territoire.

Tant que les groupes armés continueront de se disputer des territoires au Sahel, les autorités de l’AES devront répondre à cette question : au-delà des discours et des accusations dirigées contre l’extérieur, quels résultats durables peuvent-elles démontrer pour garantir la sécurité des populations ?

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