4 juin 2026

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Tchad : vers un retour à l’autoritarisme avec la répression de l’opposition

Tchad : l’opposition étouffée, un signe inquiétant de dérive autoritaire

Le pouvoir à N’Djamena semble engagé dans une logique implacable : celle d’un retour progressif aux méthodes d’un passé sombre. La condamnation récente de huit responsables de l’opposition à huit ans de prison ferme, ainsi que la dissolution du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), en sont les preuves les plus flagrantes. Ces décisions s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à museler toute dissidence et à consolider l’hégémonie du Mouvement patriotique du salut, parti présidentiel.

Une répression judiciaire aux allures de purge politique

Le 7 mai, alors que la Cour suprême prononçait la dissolution du GCAP, principale coalition d’opposition du pays, huit de ses dirigeants étaient condamnés pour des chefs d’accusation contestés : association de malfaiteurs, mouvement insurrectionnel et détention illégale d’armes. Leurs avocats dénoncent un procès expéditif, dépourvu de preuves tangibles, tandis que les observateurs y voient une manœuvre pour éliminer toute opposition organisée. Parmi les condamnés figure Succès Masra, figure majeure de l’opposition et leader du parti Les Transformateurs, déjà emprisonné depuis août 2025 pour « incitation à la haine ».

Un espace public asphyxié : manifestations interdites et violences normalisées

Depuis 2018, les rassemblements publics sont systématiquement interdits au Tchad. Les rares tentatives de manifestation ont été écrasées dans le sang, comme en octobre 2022, où plus de 200 manifestants ont perdu la vie sous les balles des forces de l’ordre. L’usage disproportionné de la force s’étend désormais à des situations anodines : le 29 avril dernier, des militants célébrant le huitième anniversaire de Les Transformateurs ont été pris pour cible par des hommes armés, entraînant un mort, deux blessés graves et l’enlèvement et la torture du trésorier du parti. Si les autorités promettent des enquêtes, ces incidents se multiplient sans réel contrôle.

Vers un retour au parti unique ? Les leçons d’un passé douloureux

Le Tchad a connu des décennies d’instabilité, marquées par des coups d’État à répétition et des régimes autoritaires. Sous François Tombalbaye (1960-1975) et Hissène Habré (1982-1990), seuls les partis alignés sur le pouvoir étaient tolérés, servant d’outils de propagande. Depuis l’indépendance en 1960, le pays oscille entre crises politiques et conflits armés, avec une alternance de périodes de répression et de brèves ouvertures démocratiques.

La transition post-2021, née du décès du président Idriss Déby Itno, semblait offrir une lueur d’espoir. Pourtant, les récentes modifications constitutionnelles, comme l’extension du mandat présidentiel à sept ans, rappellent fâcheusement les pratiques des années 1990. Ces amendements, adoptés en octobre 2025, illustrent une volonté claire de pérenniser le contrôle du pouvoir sur la scène politique.

Les risques d’un retour à un régime à parti unique sont réels. Sans opposition crédible, sans séparation des pouvoirs et avec une justice instrumentalisée, le Tchad s’éloigne chaque jour un peu plus de l’État de droit. La société civile, déjà fragilisée, craint une radicalisation des jeunes face à cette oppression systématique.

Que faire pour éviter l’escalade ?

Pour enrayer cette dérive, plusieurs mesures s’imposent. D’abord, rétablir un dialogue sincère entre le régime, les partis d’opposition et la société civile, afin de restaurer la confiance et de préserver les libertés fondamentales. Ensuite, réformer profondément les forces de l’ordre : mieux former les agents, encadrer strictement l’usage des armes et soumettre leurs interventions à un contrôle indépendant. Enfin, la justice doit retrouver son indépendance, garantissant un procès équitable et la fin des détentions arbitraires.

Les organisations régionales et continentales, comme l’Union africaine ou la Communauté économique des États d’Afrique centrale, ont un rôle clé à jouer. Leur influence pourrait contraindre le gouvernement tchadien à respecter ses engagements en matière de droits humains et à renouer avec la voie démocratique. Le temps presse : chaque jour sans action concrète éloigne un peu plus le Tchad de la stabilité et de la liberté.

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