Tchad : quand les dirigeants confondent gestion publique et volonté divine
Tchad : quand les dirigeants confondent gestion publique et volonté divine
Comment justifier l’incompétence et les détournements par la foi ? La colère des Tchadiens monte face à un pouvoir qui instrumentalise la religion.
En attribuant à Allah la responsabilité des dysfonctionnements de l’État, les plus hautes autorités tchadiennes transforment la spiritualité en paravent. Pourtant, les citoyens subissent au quotidien les conséquences d’un pouvoir qui confond gestion publique et volonté divine. Face aux privations, aux détournements et aux promesses non tenues, la population s’interroge : peut-on vraiment invoquer la justice divine quand les ressources du pays sont pillées sans vergogne ?
Au Tchad, la religion structure profondément la société. Les Tchadiens puisent dans leur foi une force inébranlable pour affronter les épreuves. Cependant, lorsque celle-ci est détournée pour légitimer des décisions politiques contestables, elle perd toute sa crédibilité. La gestion des affaires publiques ne peut se résumer à des incantations religieuses. Elle exige transparence, responsabilité et respect des principes républicains.
Le scrutin présidentiel de mai 2024 a marqué un tournant dans la défiance des citoyens envers leurs dirigeants. Les résultats, contestés par une grande partie de la population et des observateurs indépendants, ont révélé un processus électoral bâclé, conçu pour maintenir un pouvoir en place. Les violences qui ont suivi ont laissé des traces profondes dans la mémoire collective. Pour que la parole divine retrouve un sens, il faut que la gestion des élections soit irréprochable. Les prochaines législatives et locales seront un test décisif : sans refonte de l’ANGE et publication des résultats bureau par bureau, la démocratie restera un mot vide de sens.
Un système politique qui favorise le clientélisme au détriment de l’équité
La justice divine réprouve l’injustice sous toutes ses formes. Pourtant, le régime actuel se caractérise par une pratique généralisée du népotisme. Les postes stratégiques, notamment dans les finances, les hydrocarbures et les forces de sécurité, sont attribués à des proches du pouvoir, au mépris des compétences et des principes républicains. Les jeunes diplômés, malgré leur formation, se heurtent à un mur d’incompétence et de connivence. Les ressources nationales, comme le pétrole ou les recettes douanières, sont gérées comme des biens personnels, alimentant ainsi un système qui creuse les inégalités et fragilise la cohésion sociale.
Des infrastructures à l’abandon : la preuve d’une gouvernance défaillante
Affirmer que les pénuries d’électricité ou d’eau potable relèvent de la volonté divine relève du cynisme. À N’Djamena, les délestages incessants plongent hôpitaux et entreprises dans le chaos. La centrale électrique qui a pris feu récemment illustre l’état de délabrement des infrastructures énergétiques. À Abéché, Sarh ou Moundou, l’accès à l’eau potable reste un luxe, alors que le Tchad regorge de ressources hydriques. Ces dysfonctionnements ne sont pas des épreuves divines, mais le résultat d’une gestion calamiteuse et de détournements systématiques des revenus pétroliers et miniers.
Les citoyens tchadiens n’aspirent plus à des discours moralisateurs ou à des promesses creuses. Ils exigent des preuves tangibles : des services publics fonctionnels, une gouvernance transparente et une redistribution équitable des richesses. Seule une transformation concrète de leur quotidien pourra rétablir la confiance dans les institutions et démontrer la sincérité des dirigeants.