20 mai 2026

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Stratégie militaire du Mali : l’échec face aux groupes armés après le départ de la France

Le Mali face à la spirale des échecs militaires : entre mercenaires et groupes terroristes

La junte malienne a rapidement fait le choix, en 2021, de remplacer l’appui des forces françaises par celui des mercenaires russes. Pourtant, cette stratégie s’est révélée désastreuse. En concentrant ses efforts sur la répression des Touaregs du Nord, Bamako a laissé les groupes terroristes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara s’étendre dangereusement dans le centre du pays. Résultat : des blocus économiques paralysent les routes commerciales, notamment celles en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

Une répression aveugle qui alimente la radicalisation

Avec l’appui de l’Africa Corps, héritier du groupe Wagner, l’armée malienne a mené des opérations brutales dans le Nord. Des milliers de civils, principalement des Touaregs, ont été victimes d’exécutions sommaires sous prétexte de liens avec les rebelles ou les terroristes. Ces exactions ont servi de puissant outil de recrutement pour les groupes armés, qui ont exploité le ressentiment des populations locales.

L’analyste Wassim Nasr a analysé cette situation : « Les forces maliennes ont cru qu’en écrasant les Touaregs, elles affaibliraient le GSIM. Pourtant, ces méthodes ont renforcé leur propagande, notamment autour de Bamako, où le groupe n’a cessé de gagner du terrain. »

L’abandon des Accords d’Alger et ses conséquences

En janvier 2024, la junte a rompu les Accords d’Alger, signés avec le Front de libération de l’Azawad (FLA) sous le gouvernement précédent. Cette décision a coïncidé avec la reconquête de Kidal, bastion touareg, grâce à l’intervention des mercenaires russes. Pourtant, alors que le Nord était sous pression, le GSIM et l’État islamique dans le Grand Sahara progressaient dans le centre, menaçant directement la capitale.

Le tournant a eu lieu en novembre 2023, lorsque les forces maliennes, épaulées par Wagner, ont repris Kidal. Mais cette victoire tactique n’a fait que fragiliser davantage la position du gouvernement, qui a ensuite expulsé la MINUSMA, la mission de l’ONU, en décembre 2023.

Moura : un tournant dans la guerre et la perception des populations

L’une des opérations les plus controversées reste le massacre de Moura, où des centaines de Peuls ont été exécutés lors d’une intervention de trois jours menée par Wagner et l’armée malienne. Ce drame a profondément marqué les esprits et poussé de nombreux civils à rejoindre les rangs du GSIM, de l’État islamique dans le Grand Sahara ou du FLA. Selon Nasr, « la junte n’a rien fait pour regagner la confiance des Maliens. Leur seul discours se résume à : “Nous rejetons la France et l’Occident.” »

Les projets de développement ? Absents. Les infrastructures ? Négligées. Les besoins des populations ? Ignorés.

La fin de Wagner et l’avènement de l’Africa Corps

En juillet 2024, une embuscade tendue par les Touaregs dans la localité de Tin Zaouatine a marqué un tournant. Une force conjointe malienne et de l’Africa Corps a été décimée par le GSIM, avec plus de 50 soldats et 80 mercenaires tués. Cette défaite a précipité le départ de Wagner, remplacé par l’Africa Corps, une unité composée en partie de vétérans du groupe russe.

Nasr résume la situation : « C’est à ce moment que Wagner a cessé d’être Wagner. L’étiquette a changé, mais les méthodes restent les mêmes, bien que moins agressives. »

Une junte dépendante et un pays en déclin

Malgré des pertes militaires croissantes et une économie asphyxiée par les blocus, le gouvernement malien continue de financer l’Africa Corps à hauteur de 10 millions de dollars par mois. Pourtant, les mercenaires se montrent désormais plus prudents, restant majoritairement dans leurs bases et privilégiant les frappes par drones.

La dernière humiliation est venue fin avril 2024, lorsque les forces conjointes maliennes et de l’Africa Corps ont échoué à défendre Kidal face à une offensive combinée du GSIM et du FLA. Pire encore : le ministre de la Défense malien a été tué lors d’une attaque simultanée.

Face à l’avancée inexorable des groupes armés, l’Africa Corps a recentré ses actions sur la protection de la junte. Son objectif ? Éviter l’effondrement total du régime. « Le gouvernement n’a pas d’autre choix. Il est isolé, détesté, et ne peut compter que sur ces mercenaires pour survivre », souligne Nasr. « L’Africa Corps est devenu leur assurance-vie. »

Dans ce contexte, les négociations avec les groupes armés semblent improbables. La junte mise tout sur une stratégie militaire coûteuse, tout en négligeant les besoins fondamentaux de la population.

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