5 août 2026

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Sénégal : pourquoi les investissements étrangers s’effondrent malgré un potentiel économique intact

Le Sénégal face à un paradoxe économique : un potentiel intact mais des investissements étrangers en chute libre

Avec un PIB en croissance et des ressources naturelles prometteuses, le Sénégal devrait naturellement attirer les investisseurs du monde entier. Pourtant, en 2025, les investissements directs étrangers (IDE) au pays n’ont atteint que 37 millions de dollars, un effondrement spectaculaire comparé aux trois milliards de dollars annuels enregistrés en moyenne sur les quatre années précédentes. Cette chute brutale interroge : est-ce le signe d’un essoufflement des grands projets ou une méfiance croissante envers la politique économique actuelle ?

Vue d'ensemble du centre-ville de Dakar, au Sénégal

Les récentes statistiques de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) révèlent une situation préoccupante. Après des années de dynamisme, où les IDE dépassaient régulièrement les trois milliards de dollars annuels, le Sénégal se retrouve aujourd’hui au dernier rang des pays africains en matière d’attractivité économique. Pourtant, son potentiel reste intact, comme en témoignent les projets d’envergure comme Sangomar et Grand Tortue, autrefois moteurs de cette croissance.

Un contexte économique en mutation

Les causes de ce recul sont avant tout conjoncturelles. Les investissements massifs dans les secteurs pétrolier et gazier, notamment autour des projets Sangomar et Grand Tortue, ont dopé les flux financiers ces dernières années. Aujourd’hui, ces grands chantiers entrent dans une phase de production, marquant la fin d’un cycle exceptionnel. Mais cette transition ne suffit pas à expliquer un tel effondrement.

L’ancien conseiller économique de la Primature, Moubarak Lo, aujourd’hui consultant indépendant, pointe un manque criant de stratégie proactive. Selon lui, le Sénégal a les capacités pour attirer entre trois et cinq milliards de dollars d’IDE par an, à condition de mettre en place une véritable politique de promotion économique. « Le pays dispose d’un réseau insuffisant pour séduire les investisseurs étrangers. Les roadshows ne suffisent pas. Il faut une approche bien plus offensive, surtout pour les investissements directs, et non se contenter d’attendre passivement les capitaux. »

Dette publique : un frein réel ou une fausse excuse ?

Avec une dette publique représentant 132 % du PIB fin 2024 selon les estimations du Fonds monétaire international, le Sénégal pourrait sembler peu attractif aux yeux des investisseurs. Pourtant, comme le souligne Justin Maria, directeur France de Access Bank, cette dette n’est pas un obstacle en soi. Il cite en exemple la France, qui parvient à attirer des fonds malgré un endettement bien plus élevé.

Ce qui inquiète davantage les investisseurs, c’est l’absence de visibilité sur la santé financière du pays. « Le Sénégal est perçu comme un pays à risque, non pas sur le long terme, mais à court terme. Les investisseurs manquent de clarté sur les finances publiques, les liquidités disponibles et les perspectives économiques immédiates. » Cette incertitude paralyse les décisions d’investissement et explique en grande partie la chute des IDE.

Une relance possible dès 2027

Malgré ce tableau sombre, Moubarak Lo reste optimiste. Il estime que le Sénégal peut retrouver rapidement son attractivité, à condition de mobiliser une vingtaine de projets structurants et de cibler les entreprises internationales clés. « Il faut identifier cinq ou six multinationales stratégiques pour chaque projet et les convaincre d’investir. Une approche proactive pourrait permettre au pays de redresser la barre dès cette année, ou au plus tard en 2027. »

Contrairement au Sénégal, certains pays africains comme la Guinée ont vu leurs IDE exploser, dépassant les 7,7 milliards de dollars en 2025. Une performance qui contraste fortement avec la situation sénégalaise et qui interroge sur les choix politiques et économiques du pays.

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