Russie-Afrique : comment les influenceurs locaux amplifient-ils l’idéologie du kremlin ?
Russie-Afrique : quand les réseaux d’influence locaux deviennent-ils des relais du kremlin ?
Considéré comme un stratège de la désinformation, l’oligarque russe Evgueni Prigojine, proche conseiller de Vladimir Poutine et financier du groupe Wagner, joue un rôle central en Afrique. Il s’appuie sur des structures comme l’Afric (Association pour la libre recherche et la coopération internationale), dirigée depuis Maputo par l’universitaire mozambicain José Matemulane. Présidée par Ioulia Afanasieva, une associée de Prigojine, cette association sert de plateforme d’opérations d’influence pour le Kremlin sur le continent africain.
L’Afric entretient des liens étroits avec plusieurs médias panafricains, dont Radio Révolution panafricaine et Afrique Média TV, basés au Cameroun. Ce dernier groupe est détenu par le groupe de presse Afrique Média, dirigé par Justin B. Tagouh – qui affirme avoir rencontré Vladimir Poutine à deux reprises lors de déplacements à Sotchi. Le Camerounais Banda Kani, président du parti Nouveau mouvement populaire, y défend ouvertement des positions pro-Kremlin dans le conflit ukrainien, qualifiant le régime de Kiev de « oligarchie criminelle » et son dirigeant Volodymyr Zelensky de « voyou ».
Sur le canal Vox Africa, Kemi Seba, militant franco-béninois et fondateur de l’ONG Urgence panafricaniste, a expliqué avoir été invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye en octobre 2020. Cependant, il affirme avoir pris ses distances avec l’oligarque quand celui-ci lui a suggéré d’employer des méthodes violentes contre des symboles occidentaux, même au risque de causer des dommages collatéraux en Afrique. Malgré ce désaccord, l’activiste continue de partager des contenus favorables aux thèses du Kremlin sur les réseaux sociaux.
Kemi Seba et le réseau pro-russe : entre alliances et ruptures
Le militant franco-béninois Kemi Seba s’est progressivement rapproché ces dernières années du nationaliste russe Aleksandr Douguine, théoricien d’un monde multipolaire et d’une idéologie anti-occidentale et anti-libérale, très influent au sein du cercle de Vladimir Poutine. Dès 2017, Kemi Seba avait été reçu par le président russe et l’a rencontré une nouvelle fois début mars. Lors de ce dernier déplacement à Moscou, il s’est entretenu avec Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre des Affaires étrangères chargé de l’Afrique et du Moyen-Orient, avant de donner une conférence à l’Institut d’État des relations internationales.
Sur la chaîne Vox Africa, Kemi Seba a expliqué avoir été invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye en octobre 2020. Cependant, il affirme avoir pris ses distances avec l’oligarque quand celui-ci lui a suggéré d’employer des méthodes violentes contre des symboles occidentaux, même au risque de causer des dommages collatéraux en Afrique. Malgré ce désaccord, l’activiste continue de partager des contenus favorables aux thèses du Kremlin sur les réseaux sociaux.
Nathalie Yamb : la « dame de Sotchi » et ses prises de position pro-Kremlin
Proche de Kemi Seba, qui la qualifie de « grande sœur de lutte et de cœur », Nathalie Yamb évolue également dans le réseau de l’Afric. Depuis sa participation remarquée au sommet de Sotchi en octobre 2019, cette Suissesse d’origine camerounaise se définit elle-même comme la « dame de Sotchi » et figure parmi les détractrices les plus suivies de la France et de ses alliés sur le continent. Ses déclarations virulentes lui ont valu une expulsion de la Côte d’Ivoire en décembre 2019.
Selon un rapport de l’ONG Free Russia Foundation, Nathalie Yamb a notamment participé à une conférence organisée par l’Afric à Berlin en janvier 2020.>. Cette manifestation était co-organisée avec la Fondation pour la protection des valeurs nationales, une structure également liée à Evgueni Prigojine et dirigée par le « journaliste » (proche des services de renseignement russes) Alexander Malkevitch. Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par les forces russes, Nathalie Yamb affiche clairement son soutien à l’armée russe.
Les relais pro-russes en Côte d’Ivoire et au Mali
En Côte d’Ivoire, Nathalie Yamb est membre du parti Lider, dont le compte Twitter relaie régulièrement la propagande pro-russe, en particulier depuis le début de la guerre en Ukraine. Bien que son fondateur, Mamadou Koulibaly, ait officiellement pris sa retraite politique et ne soit plus actif sur les réseaux sociaux, il s’est rendu à Bamako mi-mars pour soutenir la junte malienne, connue pour ses positions pro-russes. Dans une interview accordée à Vox Africa, il a expliqué avoir répondu à l’invitation d’un mouvement de jeunes panafricanistes et souhaité « violer l’embargo » pour soutenir les populations et les jeunes luttant pour leur souveraineté.
Au Mali, Adama Diarra, surnommé « Ben le cerveau », est une figure majeure de la présence russe à Bamako. Porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts, une association malienne pro-russe, il a été le premier à confirmer en septembre 2021 qu’un accord entre l’État malien et le réseau Prigojine était en négociation. Depuis l’automne 2021, Adama Diarra organise presque toutes les manifestations pro-russes dans le pays.
L’influence médiatique russe en Centrafrique et en Afrique du Sud
En Centrafrique, Fred Krock, directeur de la radio Lengo Songo, l’un des médias les plus écoutés du pays, est un relais clé du Kremlin. Cette radio serait entièrement financée par Lobaye Invest, une société minière liée au groupe Wagner et initialement dirigée par Evgueni Khodotov, un proche de Prigojine. Ses articles sont régulièrement mis en avant par l’agence de presse russe Ria Fan, un pilier de l’écosystème médiatique pro-Kremlin.
Sur les ondes de Lengo Songo, les déclarations des figures clés de la présence russe à Bangui sont fréquemment relayées, qu’il s’agisse de l’ancien ambassadeur Vladimir Titorenko, de l’ex-conseiller présidentiel Valeri Zakharov, du sociologue Maksim Shugaley ou encore de Aleksandr Ivanov, directeur de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale.
Cette radio est également utilisée par une partie de la société civile centrafricaine, comme Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme « Galaxie nationale » (très pro-Touadéra) et Harouna Douamba, président de l’association « Aimons notre Afrique », financée par Lobaye Invest. Les deux hommes comptent parmi les organisateurs des manifestations pro-russes à Bangui.
En Afrique du Sud, les réseaux sociaux relaient largement les positions pro-russes. Le compte Twitter (plus de 200 000 abonnés) attribué à Duduzile Zuma-Sambudla, la fille de l’ex-président Jacob Zuma, serait le premier à avoir popularisé le hashtag #istandwithrussia dans le pays. Depuis sa création, ce hashtag a été partagé des centaines de milliers de fois et la majorité des contenus associés y dénoncent l’OTAN et l’impérialisme occidental.