16 juillet 2026

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Retour controversé de Macky Sall au Sénégal : entre tensions politiques et ambitions internationales

Un retour qui divise la classe politique sénégalaise

Ce vendredi 17 juillet marque un événement politique majeur au Sénégal : Macky Sall, ancien président défait en 2024, fait son retour dans le pays après deux ans d’absence, notamment depuis son exil. Une visite remarquée, prévue pour s’achever par une rencontre officielle avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye, dans un contexte de tensions persistantes entre les deux hommes.

L’atterrissage de l’ex-chef de l’État est prévu à l’aéroport militaire de Yoff, à Dakar. Une arrivée en grande pompe qui suscite déjà de vives réactions dans l’opinion publique, alors que les relations entre Sall et Faye restent marquées par les événements de 2023 et 2024.

Des cicatrices politiques encore vives

Rappel des faits : quelques semaines avant les élections de 2024, Bassirou Diomaye Faye était incarcéré à la prison du Cap Manuel, aux côtés de centaines de militants de son parti, le Pastef. Parmi eux, Aly Coly, militant emprisonné avec sept membres de sa famille, dont son épouse et son bébé de trois mois. « On nous a traités comme des ennemis de l’État pour avoir simplement porté les couleurs de notre mouvement. Aujourd’hui, apprendre que notre président va accueillir l’homme qui a tout orchestré me révolte ! », s’indigne-t-il.

Selon les bilans établis à l’époque, plus d’un millier de personnes ont été détenues pour des motifs politiques, souvent pour des actes aussi anodins que le port d’un bracelet aux couleurs du Pastef. Soixante-cinq victimes ont péri lors des répressions des manifestations entre 2021 et 2024, un bilan humain qui a servi de catalyseur à la campagne victorieuse de Bassirou Diomaye Faye et de son mentor, Ousmane Sonko.

Deux ans après cette période sombre, la colère ne s’est pas apaisée. « Aucune justice n’a été rendue, aucun responsable n’a été inquiété. Le retour de Macky Sall, c’est celui de l’ancien système que nous avons combattu. Les Sénégalais ne sont pas dupes », dénonce Aly Coly.

Une candidature à l’ONU qui soulève des questions

Au-delà des tensions internes, le retour de Macky Sall s’inscrit dans une stratégie internationale. Dans un communiqué officiel, l’ancien président confirme que sa visite éclair de quelques heures a un lien direct avec sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Une ambition qu’il avait déjà exposée devant l’Assemblée générale de l’ONU le 22 avril dernier, se présentant comme un défenseur du multilatéralisme et de l’impartialité.

Pourtant, cette candidature peine à convaincre. Macky Sall n’a pas obtenu le soutien de l’Union africaine ni celui de son propre pays. Une situation qui pourrait évoluer si Bassirou Diomaye Faye lui accordait son aval.

Pour de nombreux Sénégalais, l’idée d’un ancien président associé à la mort de 65 manifestants à la tête de l’ONU est incompréhensible. « L’ONU a pour mission de défendre les droits humains. Comment imaginer que quelqu’un qui en a violé autant puisse diriger cette institution ? », s’interroge Aly Coly.

À l’inverse, certains y voient une opportunité pour le Sénégal. Maurice Soundieck Dione, professeur agrégé de sciences politiques à l’université Gaston Berger, souligne : « Une telle candidature renforcerait l’image du pays à l’international, ce qui est crucial pour attirer les investisseurs et sécuriser des capitaux étrangers. »

Un deal politique sous haute tension

Pour Bassirou Diomaye Faye, cette rencontre avec son prédécesseur pourrait s’avérer stratégique. Depuis plusieurs mois, les relations entre le président et son ancien mentor, Ousmane Sonko, se dégradent. Le président de l’Assemblée nationale, figure incontournable du paysage politique, pourrait en effet mettre des bâtons dans les roues de Faye, limitant son influence.

« Cette rencontre était inattendue, mais elle s’inscrit dans la logique des événements récents. Faye cherche de nouveaux alliés, même si cela signifie trahir une partie de ses engagements passés », analyse Maurice Soundieck Dione.

Élu sur des promesses de rupture avec l’ancien système, Bassirou Diomaye Faye est aujourd’hui critiqué pour avoir réintégré des figures de l’ère Sall dans les rouages de l’État, à travers des nominations controversées. « Renier Sonko, c’est trahir son mentor, un acte culturellement inacceptable au Sénégal », rappelle le politologue.

L’issue de cette rencontre reste incertaine : sera-t-elle le début d’une nouvelle dynamique pour le président en quête d’alliances, ou au contraire un pas vers son isolement politique ? Une chose est sûre, elle alimente déjà les débats au sein de la société sénégalaise.

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