Réfugiés maliens en Mauritanie : espoir de retour ou risque de nouvel exode
« Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous » : cette phrase, Mosso*, un réfugié touareg, la répète comme un mantra depuis qu’il a fui les violences en Mali pour se réfugier en Mauritanie. Les attaques récentes menées par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, ont ébranlé la junte malienne au pouvoir depuis 2020, semant la confusion et l’espoir chez ces déplacés.
À Fassala, ville mauritanienne frontalière, les souvenirs des exactions commises par les paramilitaires russes – surnommés « Wagner » – restent vifs. Ces derniers, désormais intégrés à l’Africa Corps, soutiennent l’armée malienne dans sa lutte contre les groupes armés depuis le départ des forces étrangères. Les récits de Mosso sont glaçants : son frère a été tué sous ses yeux par des Russes, tandis que des hommes de son campement ont été enlevés.
Des espoirs liés à l’avenir politique malien
Sous une tente de fortune, Mosso, 57 ans, explique sa détermination : « C’est Goïta qui a fait venir Wagner au Mali. Sa chute serait notre salut. » Ce vœu, partagé par de nombreux réfugiés, reflète leur désillusion face à la junte. Les violences ciblent indistinctement civils et combattants, accusés de collusion avec l’ennemi. Récemment, trois organisations de défense des droits humains ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour dénoncer les exactions commises par l’armée malienne et ses alliés russes.
Les images d’un convoi de mercenaires quittant Kidal, ville stratégique reprise par la rébellion touareg, ont ravivé l’espoir d’un départ des forces russes. Depuis 2012, près de 300 000 Maliens ont trouvé refuge dans le Hodh Chargui, en Mauritanie.
Le FLA et le Jnim, une alliance qui divise
Dans le camp de Mbera, à 50 km de la frontière, 120 000 réfugiés tentent de survivre aux violences des différents belligérants : jihadistes, armée malienne, mercenaires ou groupes communautaires. Ahmed*, 35 ans, espère lui aussi un retour au pays, mais doute de la paix tant que Wagner reste présent. « Les militaires sont responsables de tous nos malheurs », confie-t-il, évoquant les amalgames opérés par l’armée et ses alliés russes.
Abdallah*, 77 ans, réfugié dans le même camp, exprime une réserve prudente face à la récente offensive du FLA. « Je ne me réjouis pas de la prise de Kidal par le FLA », déclare-t-il. Pour lui, l’alliance entre la rébellion touareg et les jihadistes du Jnim est une erreur stratégique. « Leur idéologie ne correspond pas à nos valeurs de musulmans modérés et pacifiques. » Les blocus imposés par les jihadistes depuis octobre dernier ont déjà poussé près de 14 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, à fuir vers la Mauritanie.
La Mauritanie sous pression
Les combats récents au Mali inquiètent les autorités mauritaniennes. Omar Doukali, porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Mauritanie, alerte sur les risques d’un nouvel afflux de déplacés. « La situation est suivie avec une attention extrême », précise-t-il.
Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, souligne les tensions croissantes liées à l’accueil de plus de 300 000 réfugiés maliens. « Les pâturages, les ressources en eau et les services de base, comme la santé, sont sous pression », explique-t-il. La Mauritanie, malgré sa stabilité relative dans une région secouée par le terrorisme, voit ses capacités mises à rude épreuve.
Tilleli*, 22 ans, mère d’un bébé d’un an, raconte son calvaire : « Il y a un mois, des Russes et des soldats ont pillé et brûlé mon village à Mopti. Je ne rentrerai qu’après leur départ. » Son espoir de paix est ténu : « Je ne crois pas que la tranquillité reviendra rapidement. »