21 mai 2026

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Polémique autour des paiements mobile money à l’Assemblée sénégalaise

L’Assemblée nationale du Sénégal traverse une crise de confiance sans précédent. Une phrase anodine, « envoyez votre numéro Orange Money », prononcée lors d’un échange interne entre députés ou membres du personnel, s’est transformée en un véritable scandale national. Sur les réseaux sociaux et dans les médias dakarois, cette requête soulève des questions légitimes sur les flux financiers destinés aux représentants du peuple.

Mobile money et transparence : un mélange explosif

Au Sénégal, le mobile money s’est imposé comme un outil incontournable, aussi bien pour les particuliers que pour les institutions. Orange Money, opéré par Sonatel, domine ce marché en pleine expansion. Pourtant, lorsque cette solution de paiement s’invite dans les circuits institutionnels, notamment pour les versements aux élus, elle devient un sujet de controverse. Surtout dans un contexte où la nouvelle majorité, issue des urnes en 2024, a fait de la transparence budgétaire son cheval de bataille.

L’indignation est d’autant plus vive que les Sénégalaises et Sénégalais scrutent avec une attention accrue les dépenses de leurs institutions. Les indemnités parlementaires, leur origine et leur traçabilité, alimentent régulièrement les débats. L’absence de communication claire sur ce versement via un portefeuille électronique ne fait qu’attiser les suspicions, dans un pays où la méfiance envers les élites politiques reste forte.

Un vide réglementaire qui interroge

Cette affaire révèle une problématique plus large : l’utilisation du mobile money pour des flux financiers publics ou parapublics. Les plateformes comme Orange Money, Wave ou Free Money ont révolutionné l’inclusion financière au Sénégal, avec des milliards de francs CFA échangés chaque année. Pourtant, cette révolution s’est faite sans que les règles n’aient le temps de s’adapter pleinement.

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) encadre certes les transactions électroniques, mais le recours à des comptes mobiles détenus par des individus – députés ou agents publics – pose un défi de traçabilité. Contrairement aux virements bancaires, les opérations sur mobile money échappent en partie aux contrôles rigoureux de la Cour des comptes ou de l’Inspection générale d’État. Un flou qui complique la redevabilité et ouvre la porte aux dérives.

Malgré ces risques, le mobile money séduit les administrations pour sa rapidité et son efficacité. Cette solution permet des transferts instantanés à moindre coût, un atout non négligeable pour l’État. Pourtant, cette pratique, devenue courante dans l’espace UEMOA depuis la pandémie, soulève un dilemme : comment concilier efficacité opérationnelle et exigence de transparence démocratique ?

Une Assemblée sous le feu des projecteurs

Sur le plan politique, cette polémique tombe à un moment critique pour le Parlement sénégalais. La nouvelle législature, dirigée par la coalition Pastef du Premier ministre Ousmane Sonko, avait promis de rompre avec les pratiques opaques du passé. Toute ambiguïté dans la gestion des fonds publics risque donc de fragiliser la crédibilité de la majorité et d’alimenter les critiques dans une opinion publique de plus en plus vigilante.

Les députés concernés par cette affaire n’ont pas encore livré d’explications officielles. Plusieurs hypothèses circulent dans la presse locale : indemnités de session, frais de mission ou autres allocations. Aucune ne trouve d’écho dans les services administratifs de l’Assemblée, où le silence officiel ne fait qu’alimenter les rumeurs. Une stratégie qui, une fois de plus, joue contre l’institution.

Cette controverse, bien que mineure en apparence, illustre une tension plus profonde. À mesure que le mobile money s’installe dans les rouages des paiements publics en Afrique de l’Ouest, la ligne entre commodité technique et impératif démocratique de transparence devient un enjeu politique majeur. La capacité du Parlement à clarifier la situation déterminera la durée et l’ampleur de cette crise.

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