16 septembre 2026

Niger libéré

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Niger : radiographie d’un remaniement qui verrouille le pouvoir plus qu’il ne gouverne

Un décret qui en dit long sur les fragilités du CNSP

Derrière la façade technique, le décret signé le 15 septembre 2026 par le général Abdourahamane Tiani raconte une autre histoire. Officiellement présenté comme une simple « réorganisation », ce premier grand remaniement gouvernemental ressemble surtout à une bouée de sauvetage politique. Mis sous pression de toutes parts, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) cherche à resserrer les rangs, récompenser ses fidèles et verrouiller l’appareil face à une grogne qui monte.

La peur comme moteur : après la mutinerie d’août

Ce changement d’équipe n’a rien d’anodin. Il découle directement de la mutinerie survenue en août dernier à la base aérienne 101 de Niamey, un épisode qui a ébranlé le régime. Après avoir purgé et réorganisé dans l’urgence le commandement militaire et la garde présidentielle, le pouvoir Tiani s’attaque désormais au volet politique de sa défense rapprochée.

En confiant le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage au colonel Bilaly Elhadj Gambobo, la junte ne prétend pas transformer les assiettes des Nigériens. Elle installe un militaire de plus à la tête d’un secteur stratégique, tout en écartant des officiers devenus encombrants. Le message est clair : l’armée veut garder la mainmise sur les ressources du pays, au détriment d’une gestion civile et transparente.

Le grand marchandage : des postes contre des silences

L’arrivée d’Abdourahamane Oumarou, chef du parti UNPP et figure de la mouvance souverainiste, incarne cette dérive. Il n’est pas nommé pour ses compétences de gestionnaire, mais pour sa capacité à porter haut et fort la parole du pouvoir. Fidèle de la première heure depuis le coup d’État de juillet 2023, il hérite du ministère de la Jeunesse et de la Refondation en guise de récompense.

Pendant que la jeunesse nigérienne s’enfonce dans le chômage et le désespoir, le CNSP distribue des postes à ses propagandistes. L’objectif est cynique : acheter la tranquillité des militants et utiliser ces figures de rue pour orienter l’opinion et étouffer les critiques sur les réseaux sociaux.

Les ministres « experts », simples paravents d’un système à bout de souffle

Pour masquer ce marchandage, la junte a glissé quelques figures académiques, comme le professeur Mahamadou Saidou à l’Enseignement supérieur ou Oumarou Maman à l’Action humanitaire. Mais ces nominations ressemblent fort à de la poudre aux yeux.

Comment le professeur Saidou pourra-t-il apaiser les universités sans moyens financiers ? Comment Oumarou Maman viendra-t-il en aide aux déplacés de guerre alors que les caisses de l’État sont vides et les aides internationales suspendues ? Ces technocrates ne sont là que pour servir de boucliers et porter le chapeau lorsque le système s’effondrera sous le poids de la misère.

Ce remaniement n’est ni une stratégie, ni un projet d’avenir pour le Niger. C’est un bricolage désespéré d’un régime aux abois qui préfère nourrir ses loyaux partisans plutôt que d’affronter la vie chère, la crise économique et les attentes du peuple. Changer les visages autour de la table ne suffira pas à masquer la faillite du système.

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