Niger : la junte militaire tente-t-elle un chantage financier à 5 milliards contre la CNPC chinoise ?
Avec des finances publiques en lambeaux et une économie au ralenti, le Niger dirigé par la junte militaire du général Abdourahamane Tiani adopte une posture de plus en plus agressive envers son principal partenaire énergétique : le géant chinois CNPC. Face à un déficit budgétaire record et des réserves de change en chute libre, Niamey mise sur une stratégie risquée : exiger 5 milliards de dollars de la part du consortium pétrolier, sous peine de sanctions drastiques. Une démarche qui interroge sur ses motivations réelles : coup de poker désespéré ou calcul géopolitique hasardeux ?
Une junte en quête de liquidités : pourquoi le Niger mise-t-il sur la CNPC pour renflouer ses caisses ?
Depuis le coup d’État de 2023 ayant porté au pouvoir la junte militaire, le Niger fait face à une crise économique sans précédent. Entre la chute des revenus pétroliers, l’effondrement des recettes fiscales et une inflation galopante, les marges de manœuvre budgétaires se réduisent comme peau de chagrin. Avec un budget général de l’État amputé de près de 10 % en deux ans et des dépenses militaires en constante augmentation, le gouvernement de transition cherche désespérément des solutions pour éviter l’asphyxie financière.
Dans ce contexte tendu, la CNPC et ses filiales (WAPCO et SORAZ), qui exploitent les champs pétrolifères du pays, deviennent la cible idéale. Les autorités nigériennes accusent le groupe chinois de ne pas avoir rapatrié les 105 milliards de francs CFA promis en deux ans, tout en occultant habilement le prêt chinois de 400 millions de dollars accordé en 2024 — un financement remboursable sur les recettes pétrolières mêmes que Niamey réclame aujourd’hui. Une contradiction qui soulève des questions sur la légitimité de cette offensive.
Sept mesures coercitives : comment le Niger veut-il faire plier la CNPC ?
L’ultimatum lancé à la CNPC ne se limite pas à une simple demande financière. Derrière cette opération se cache un véritable arsenal de pressions, conçu pour étouffer l’activité des entreprises chinoises au Niger. Voici les sept leviers que la junte nigérienne entend actionner pour forcer le groupe à céder :
- Un calendrier de rapatriement des fonds irréaliste : Niamey impose un délai de 45 jours pour le transfert des 5 milliards de dollars, sans tenir compte des contraintes légales et bancaires internationales.
- Des quotas d’embauche locaux disproportionnés : Le régime exige jusqu’à 90 % de personnel nigérien dans les filiales de la CNPC, malgré l’absence de compétences locales suffisantes pour répondre à cette demande.
- Une remise en cause unilatérale des accords sur l’oléoduc Niger-Bénin : Le gouvernement nigérien souhaite renégocier les tarifs de transport, estimés à 2,3 milliards de dollars, au détriment des investissements chinois déjà réalisés.
- La prise de contrôle de la raffinerie SORAZ : Une volonté d’évincer progressivement les cadres chinois pour les remplacer par une gouvernance entièrement nigérienne, sous prétexte de souveraineté nationale.
- Une réévaluation controversée des réserves d’Agadem : Le Niger tente de renégocier les parts d’imposition pour augmenter ses revenus, au mépris des contrats en vigueur.
- Des investissements extorqués sous la menace : Niamey exerce une pression pour obtenir un milliard de dollars supplémentaires, destinés à des projets d’exploration comme Dinga Deep et Abolo-Yogou.
- L’infiltration des instances décisionnelles : Le régime impose la démission forcée des fonctionnaires chinois et leur remplacement par des représentants locaux, afin de contrôler l’ensemble des opérations.
Un pari dangereux : les conséquences d’un bras de fer avec Pékin
Cette offensive contre la CNPC n’est pas anodine. Depuis plusieurs mois, le Niger multiplie les provocations à l’encontre de la Chine : expulsions express de dirigeants chinois en 2025, création de commissions de pression et autres mesures coercitives. Pourtant, en s’attaquant à son premier investisseur étranger, la junte prend un risque colossal. Si l’ultimatum aboutit à une spoliation ouverte, Pékin n’aura d’autre choix que de retirer ses capitaux du pays, aggravant encore la crise économique et politique nigérienne.
Un scénario catastrophe qui pourrait plonger le Niger dans un isolement encore plus marqué, avec des répercussions dramatiques pour sa population. Dans un contexte où les pays du Sahel cherchent à diversifier leurs partenariats, cette stratégie pourrait bien se retourner contre ses auteurs et précipiter le pays dans une crise encore plus profonde.
Pourquoi ce chantage financier pourrait bien se transformer en suicide économique ?
En forçant la CNPC à plier sous le poids de ces exigences abusives, le régime de Tiani prend le risque de déclencher une fuite massive des capitaux chinois. Or, sans l’appui de Pékin, le Niger perdrait non seulement un partenaire économique clé, mais aussi un allié géopolitique dans une région déjà instable. Dans un contexte où les alliances au Sahel évoluent rapidement, cette manœuvre pourrait bien s’avérer être un coup d’épée dans l’eau — ou pire, une décision aux conséquences irréversibles pour l’économie nigérienne.