Médias sous pression : le Mali face à l’étau des restrictions et du pouvoir centralisé
médias sous pression : le Mali face à l’étau des restrictions et du pouvoir centralisé
Les médias au Mali traversent une période critique. Entre fermeture de stations, censure systématique et tentatives de contrôle des narratifs, l’espace médiatique se réduit comme peau de chagrin. Après les violentes attaques du 25 avril contre plusieurs bases militaires, les autorités ont suspendu la diffusion de nombreux titres francophones, accusés de désinformation. Une décision qui s’inscrit dans une tendance régionale inquiétante, partagée par le Niger et le Burkina Faso.
Ce rétrécissement médiatique s’accompagne d’une campagne gouvernementale agressive pour façonner l’opinion. Ousmane Diallo, expert en droits humains à Amnesty International, parle d’un « goulag de l’information ». « Nous savons que nous sommes surveillés. Des journalistes sont menacés, intimidés, au point que les citoyens sahéliens se retrouvent dans une logique d’embrigadement », explique-t-il. Une situation qui rappelle les heures noires des régimes autoritaires et qui interroge sur l’avenir de la liberté de la presse dans la région.
une alliance avec Moscou sous haute surveillance
À Bamako, toute critique envers la Russie est désormais perçue comme un acte subversif. Le cas d’Ibrahima Tamega, militant pro-démocratie, en est la preuve. Arrêté le 23 mai pour avoir participé à des graffitis hostiles à Moscou, il a été détenu plusieurs jours. Une affaire qui, en apparence anodine, révèle en réalité la nervosité du pouvoir face à toute remise en question de son alliance avec le Kremlin. Depuis la rupture avec la France, le régime malien mise sur ce partenariat pour légitimer sa politique souverainiste et renforcer son emprise sur la population.
Dans un pays où l’opposition est déjà muselée, toute contestation de l’axe Bamako-Moscou devient un crime. Les graffitis, les prises de parole ou même les simples questionnements sont réprimés sans pitié. La police envoie un message clair : le récit officiel ne souffre aucune alternative.
assimi goïta : un pouvoir concentré et dangereux
Une autre menace plane sur la stabilité du Mali : la personnalisation du pouvoir. Le général Assimi Goïta, cumulant les fonctions de chef de l’État et de ministre de la Défense, incarne cette dérive. Des chercheurs de Rice University et de l’Université de Montréal soulignent un risque majeur : « À mesure que le pouvoir se concentre autour d’un seul homme, les décisions se prennent davantage en fonction de la loyauté envers le dirigeant que de l’intérêt national ou militaire ».
Cette centralisation affaiblit les institutions et fragilise la sécurité du pays. Les promotions au sein de l’armée ne reposent plus sur la compétence, mais sur la proximité avec le pouvoir. Résultat : une coordination défaillante sur le terrain et une armée malienne moins efficace face aux groupes armés. Les deux chercheurs en concluent que cette logique de pouvoir personnel « compromet la stabilité à long terme » et expose le Mali à des risques accrus de déstabilisation.
Le Mali est aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre censure médiatique, répression politique et centralisation du pouvoir, le pays risque de s’enfermer dans un cercle vicieux. La question qui se pose n’est plus seulement celle de la souveraineté, mais aussi celle de la survie de ses institutions et de ses citoyens.