12 juillet 2026

Niger libéré

Journal en ligne nigérien engagé pour la liberté de presse, la souveraineté et l'information citoyenne.

Maroc : comment l’économie se redessine face aux mutations mondiales

Maroc : comment l’économie se redessine face aux mutations mondiales

Alors que de nombreuses économies peinent à retrouver leur élan d’avant la pandémie, le Maroc affiche une résilience remarquable. Avec une croissance moyenne de 4,4 % depuis 2022 pour les activités non agricoles, le Royaume dépasse sa moyenne historique de 1,3 point, compensant ainsi les pertes subies pendant la crise sanitaire. Une performance qui soulève une question centrale : cette dynamique reflète-t-elle un changement de trajectoire durable ou bénéficie-t-il simplement d’un contexte international exceptionnel ?

une reprise tirée par l’investissement public et des secteurs stratégiques

L’étude récente du Policy Center for the New South met en lumière les ressorts de cette croissance, tout en pointant les fragilités d’un modèle encore trop dépendant de l’État. Le rapport, signé par Abdelaziz Ait Ali, Mahmoud Arbouch, Fahd Azaroual, Karim El Aynaoui et Adnane Lahzaoui, révèle que la reprise marocaine repose avant tout sur un effort d’investissement sans précédent.

Avec un taux d’investissement frôlant les 30 % du PIB, le Maroc se classe parmi les économies les plus dynamiques de sa catégorie. Cette performance s’explique principalement par les dépenses massives de l’État et des entreprises publiques dans des projets d’infrastructures, de transport, d’énergie et de préparation à la Coupe du monde 2030. Cependant, cette stratégie révèle une limite structurelle : une grande partie des équipements nécessaires étant importée, les retombées profitent davantage aux fournisseurs étrangers qu’au tissu productif national, maintenant ainsi un déficit commercial persistant.

le tourisme et les services, nouveaux moteurs de l’économie

Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas uniquement l’industrie automobile ou manufacturière qui stimulent aujourd’hui l’économie marocaine. Le secteur tertiaire s’impose comme le principal levier de la reprise, avec un tourisme en plein essor – près de 20 millions de visiteurs –, des transports, une logistique performante, des services financiers et des activités d’ingénierie. Le bâtiment, dynamisé par les grands chantiers d’infrastructures, et l’agriculture, malgré sa volatilité liée aux sécheresses récurrentes, complètent ce tableau.

un positionnement géostratégique qui séduit les investisseurs

Pour les auteurs du rapport, le Maroc profite pleinement des bouleversements de l’économie mondiale. Les tensions sino-américaines, les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement post-Covid-19 et les nouvelles stratégies de diversification industrielle poussent les multinationales à chercher des plateformes de production plus proches des marchés européens et africains. Dans ce contexte, le Royaume renforce son attractivité.

Les investissements chinois dans les batteries électriques, comme ceux de Gotion High-Tech à Kénitra ou de CNGR à Jorf Lasfar, illustrent cette nouvelle dynamique. Le Maroc s’impose progressivement comme un « État connecteur », capable de relier les chaînes de valeur entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie grâce à sa stabilité politique, ses infrastructures logistiques et ses accords commerciaux.

des fondamentaux macroéconomiques solides

La crédibilité économique du Maroc repose sur des indicateurs macroéconomiques jugés robustes. La stabilité financière, l’amélioration progressive des finances publiques, des réserves de change confortables et une baisse du risque souverain renforcent la confiance des investisseurs étrangers. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger soutiennent la consommation intérieure, tandis que l’évolution favorable des termes de l’échange limite les effets inflationnistes des chocs extérieurs.

les défis à venir : vers une croissance plus inclusive et durable

Malgré ces atouts, le modèle actuel présente des limites majeures. Une croissance basée sur un investissement public toujours plus important n’est pas viable à long terme. Trois obstacles se dressent : l’endettement public, la baisse du rendement des investissements et les difficultés persistantes du secteur privé à prendre le relais. Les auteurs soulignent que l’efficacité de l’investissement a diminué : il faut aujourd’hui plus de capital qu’au début des années 2000 pour générer un même point de croissance.

le secteur privé, maillon faible et levier de transformation

Le principal défi réside dans la capacité du secteur privé à investir, innover et gagner en productivité. L’accès au financement reste difficile pour de nombreuses PME, la concurrence du secteur informel pèse sur leur compétitivité, et les investissements publics absorbent une part croissante des ressources bancaires, limitant ainsi le crédit disponible pour les entreprises. Cette situation freine l’émergence d’une croissance tirée par l’innovation, les gains de productivité et l’investissement privé.

Les auteurs du rapport proposent une vision novatrice : et si les services exportables – tourisme, technologies de l’information, services numériques ou encore activités de conseil – pouvaient devenir des moteurs de transformation économique, à condition d’être intégrés aux chaînes de valeur internationales et de créer des emplois qualifiés ?

le Maroc à un tournant décisif

Le Morocco bénéficie aujourd’hui d’une conjoncture internationale favorable, marquée par la fragmentation géopolitique et la réorganisation des chaînes de production mondiales. Sa stabilité, ses infrastructures et son positionnement entre l’Europe et l’Afrique renforcent son attractivité. Cependant, ces avantages ne suffisent pas à eux seuls pour garantir un développement durable.

Pour les chercheurs, l’enjeu majeur consiste à transformer cette opportunité en croissance pérenne grâce à des réformes structurelles. Il est désormais crucial de repenser le marché du travail, le système éducatif, l’innovation et l’environnement des affaires. Le Maroc dispose d’un avantage stratégique inédit, mais la question n’est plus tant de savoir s’il peut attirer davantage d’investissements que de déterminer s’il saura convertir sa position de « connecteur » en un levier de prospérité durable et inclusive.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes