Mali : une nouvelle attaque du Jnim contre l’armée nationale dans le centre du pays
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), principale alliance jihadiste active au Sahel et affiliée à Al-Qaïda, a mené une offensive le dimanche 9 août contre une base des Forces armées maliennes (FAMa) installée dans le centre du Mali. Cet assaut s’inscrit dans une série d’opérations revendiquées par le groupe contre les infrastructures militaires du pays, révélant l’incapacité persistante des autorités à sécuriser les territoires ruraux.
Une nouvelle offensive jihadiste contre les positions de l’armée malienne
Le point de mire de l’attaque était une caserne localisée dans une région devenue un bastion d’activité pour le Jnim. Le centre du Mali, notamment les zones voisines de Mopti et Ségou, constitue depuis plusieurs années un théâtre d’affrontements particulièrement meurtriers entre les forces régulières et les combattants jihadistes. La coalition dirigée par Iyad Ag Ghali y a établi une présence durable, profitant des conflits intercommunautaires et du déclin des services publics dans les zones isolées.
Les méthodes employées lors de cette attaque suivent un schéma bien rôdé : une offensive coordonnée contre une position militaire, une tentative de récupération d’armes et de véhicules, puis un repli rapide avant l’arrivée de renforts. Cette tactique, menée par des cellules mobiles à moto, est devenue la marque de fabrique du Jnim au Sahel central. Aucune estimation fiable des pertes n’a été communiquée, les autorités maliennes contrôlant strictement les informations relatives aux échecs subis par l’armée.
Une insécurité persistante malgré les changements stratégiques
L’intensification des attaques jihadistes coïncide avec des bouleversements majeurs dans le paysage sécuritaire malien. Le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fin 2023, suivi de celui des forces Barkhane françaises, a profondément modifié l’équilibre des forces. Bamako mise désormais sur ses propres ressources, renforcées par l’appui du Africa Corps russe, successeur du groupe Wagner après la disparition d’Evguéni Prigojine. Pourtant, cette réorganisation n’a pas permis d’endiguer la progression des groupes armés, comme en attestent les attaques répétées contre les sites militaires.
Le Jnim, dirigé depuis 2017 par le chef touareg Iyad Ag Ghali, rassemble plusieurs factions issues d’Ansar Dine, du Front de libération du Macina et d’Al-Mourabitoune. Son aptitude à frapper simultanément au Mali, au Burkina Faso et au Niger en fait la menace principale pour les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). L’organisation cherche à asphyxier les centres urbains en multipliant les barrages routiers et en imposant son propre ordre dans les territoires qu’elle domine.
Un défi majeur pour le gouvernement de transition
Pour les autorités maliennes placées sous la direction du général Assimi Goïta, la multiplication des attaques représente un défi à la fois militaire et politique. La crédibilité du pouvoir repose en grande partie sur sa capacité à restaurer la sécurité dans le pays. Cependant, les revers successifs, dont celui subi à Tinzaouatène en juillet 2024 face à une alliance entre des rebelles du Cadre stratégique permanent et des combattants du Jnim, alimentent les doutes quant à l’efficacité du dispositif actuel.
Les partenaires régionaux suivent la situation avec une attention inquiète. La création de la Confédération des États du Sahel en juillet 2024, réunissant Bamako, Ouagadougou et Niamey, visait à renforcer la coopération antiterroriste. Pourtant, la coordination opérationnelle reste limitée, chaque armée nationale étant confrontée à ses propres priorités. Par ailleurs, l’accès humanitaire se dégrade dans les zones sous contrôle jihadiste, où les organisations non gouvernementales peinent à maintenir leurs activités.
La fréquence des attaques contre les bases militaires interroge également la stratégie de défense adoptée par les FAMa. Le regroupement des troupes sur quelques sites fortifiés, censé réduire leur exposition, en fait paradoxalement des cibles privilégiées pour un adversaire capable de concentrer ses moyens sur des objectifs précis. À terme, la question du contrôle territorial et de la reconquête des zones abandonnées deviendra un enjeu crucial pour les autorités de Bamako.