Mali : le jnim intensifie ses attaques dans la région de Mopti et fragilise la junte
Des attaques simultanées qui soulignent l’audace du JNIM dans le Centre du Mali
Le dimanche 19 juillet restera comme une journée noire pour la région de Mopti. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda, a revendiqué quatre attaques coordonnées contre les Forces armées maliennes (FAMa), leurs alliés d’Africa Corps et des milices locales. Ces assauts, menés avec une précision redoutable, confirment la capacité opérationnelle intacte du groupe malgré cinq ans de régime militaire sous Assimi Goïta.
Des cibles stratégiques visées dans trois localités distinctes
Dans le cercle de Douentza, le JNIM a ciblé un convoi logistique, un camion militaire et un détachement de soldats à moto au moyen de trois engins explosifs improvisés (IED). Ces attaques, conçues pour paralyser les mouvements des forces régulières, ont également frappé les mercenaires russes d’Africa Corps, héritiers controversés du groupe Wagner. À Kansila, une embuscade directe a été tendue aux miliciens Dozo, ces chasseurs traditionnels souvent instrumentalisés par Bamako pour renforcer ses effectifs. Selon les communiqués du JNIM, trois miliciens Dozo ont perdu la vie lors de cet assaut.
Assimi Goïta face à l’échec de sa promesse de souveraineté
En renversant le pouvoir civil en 2020, le colonel Goïta avait juré de restaurer l’intégralité de l’autorité de l’État malien sur son territoire. Pourtant, les données des observatoires indépendants, comme l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), dépeignent une réalité diamétralement opposée. Le bilan est accablant : le nombre de victimes liées aux violences a doublé, voire triplé dans certaines zones, par rapport à la période pré-coup d’État. La multiplication des acteurs armés, l’escalade des tensions interethniques et la fréquence des embuscades quotidiennes ont transformé le Mali en un théâtre de guerre aux dimensions insoupçonnées.
Un territoire en voie de fragmentation et une crise humanitaire qui s’aggrave
Les discours officiels célébrant les « succès » militaires de l’armée malienne contrastent avec une réalité bien plus sombre. Si des gains symboliques, comme la reprise de Kidal fin 2023, ont été enregistrés, ils restent fragiles et localisés. Le Nord et le Centre du Mali sont désormais des zones grises, où l’administration étatique a déserté. Plus de 400 000 déplacés internes errent aujourd’hui sur le territoire, fuyant les exactions des groupes armés et les violences collatérales des opérations militaires. Les blocus imposés par le JNIM ou l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) plongent des régions entières dans une insécurité alimentaire critique, tandis que l’aide humanitaire se heurte à l’impossibilité de circuler sur des axes routiers désormais sous contrôle des insurgés.
Africa Corps : un partenaire militaire au bilan désastreux
Pour pallier le retrait des forces françaises et la dissolution de la MINUSMA, Bamako a choisi de s’appuyer sur Moscou. D’abord via le groupe Wagner, puis sous la bannière d’Africa Corps, directement rattachée au ministère russe de la Défense, des centaines de paramilitaires russes ont été déployés. Pourtant, leur impact militaire s’avère quasi nul. Non seulement ces forces n’ont pas réussi à inverser la tendance, mais elles sont régulièrement accusées d’exactions contre les civils, comme lors du drame de Moura. Ces violences, loin de dissuader les populations, les poussent souvent à se tourner vers les groupes djihadistes, perçus comme des protecteurs. Sur le plan stratégique, Africa Corps accumule les échecs : pertes régulières, manque de moyens pour une contre-insurrection efficace, et incapacité à sécuriser un territoire aussi vaste que le Mali.
Les drones et hélicoptères : une stratégie aérienne coûteuse et inefficace
Face à l’insuffisance des troupes au sol, le régime a massivement investi dans une flotte aérienne composée de drones turcs Bayraktar TB2 et d’hélicoptères d’attaque russes. Ces appareils ont permis, dans un premier temps, de mener des frappes spectaculaires. Pourtant, cette approche se heurte aujourd’hui à deux obstacles majeurs. D’une part, la maintenance des appareils, dépendante de pièces détachées russes et de compétences techniques coûteuses, est en panne. Plusieurs avions Albatros L-39 et hélicoptères Mi-24 ont été perdus, soit à cause de pannes techniques, soit abattus par les insurgés. D’autre part, les groupes armés ont adapté leurs tactiques : déplacements en petits groupes, utilisation du couvert végétal, infiltration au sein des populations civiles. Résultat ? Les frappes aériennes deviennent soit inefficaces, soit sources de victimes collatérales dramatiques.
La stratégie du « tout-militaire » : une impasse politique et sécuritaire
Les attaques du 19 juillet à Mopti ne sont pas des actes isolés, mais le reflet d’un système en déliquescence. La junte d’Assimi Goïta a fait le choix d’une réponse purement militaire, rompu les dialogues avec les acteurs locaux et internationaux, et s’est aliéné ses partenaires traditionnels. En s’appuyant sur des mercenaires dont les priorités relèvent davantage de l’exploitation des ressources que de la stabilisation du pays, Bamako a scellé son isolement. Sans une refonte complète de sa stratégie – intégrant une gouvernance inclusive, un retour des services publics et une protection effective des civils – le Mali risque de voir son territoire se réduire comme peau de chagrin, dévoré par un djihadisme sahélien en expansion constante.