Mali : et le web d’État a pris le contrôle de l’information sur la guerre
Au Mali, la guerre ne se mène pas seulement sur les fronts militaires : elle se gagne aussi sur le terrain médiatique. Depuis quelques années, une mutation profonde s’opère, et Maliweb.net, autrefois symbole d’une presse en ligne dynamique, incarne aujourd’hui ce tournant inquiétant. Le portail, autrefois diversifié, a basculé dans un rôle bien moins glorieux : celui de porte-voix officiel de la communication gouvernementale, au mépris des réalités les plus crues de la guerre.
Le 15 septembre 2026 : quand les chiffres deviennent des ennemis
Ce jour-là, les zones de Dioura et Mondoro deviennent le théâtre d’affrontements d’une violence inouïe. Plusieurs rapports de terrain et sources locales convergent vers un bilan lourd : plus de 150 militaires maliens tués ou capturés. Pourtant, Maliweb.net choisit une autre voie. Au lieu de rendre compte de la réalité, le site s’appuie sans réserve sur les communiqués de l’État-Major des Armées, offrant une version édulcorée, voire mensongère, des événements.
Selon le récit diffusé, il s’agirait d’une riposte héroïque, d’une chasse méthodique aux groupes armés, où les pertes ennemies sont célébrées tandis que celles de l’armée malienne disparaissent des radars. Les victimes sont effacées, les revers sont maquillés, et le public est privé d’une information fiable, essentielle pour comprendre l’ampleur du conflit.
Les rouages d’une machine à façonner la réalité
Derrière cette stratégie délibérée de désinformation se cachent des mécanismes bien huilés, orchestrés pour servir une narrative unique. Trois piliers structurent cette manipulation systémique :
1. L’exclusivité des sources institutionnelles
Maliweb.net a fait le choix radical de ne s’appuyer que sur les communiqués de la DIRPA (Direction de l’Information et des Relations Publiques de l’Armée) ou sur des articles issus de la presse contrôlée par l’État. Aucune vérification indépendante, aucun recoupement d’informations : la parole officielle devient la seule vérité admise. Les faits sont passés au crible d’un filtre unique, celui de la propagande.
2. La minimisation des pertes humaines
Les bilans réels des opérations militaires sont systématiquement sous-évalués, occultés ou déformés. Les pertes subies par les Forces armées maliennes (FAMa) sont effacées des colonnes, tandis que les succès – même contestables – sont amplifiés. L’objectif est clair : maintenir l’illusion d’une armée invincible, intouchable, et masquer les failles d’une stratégie militaire en difficulté.
3. La diabolisation des voix critiques
Toute tentative de contre-expertise ou de remise en question de la version officielle est immédiatement discréditée. Les journalistes ou observateurs qui osent évoquer des échecs opérationnels, des difficultés logistiques ou des pertes réelles sont qualifiés de désinformateurs, de traîtres ou de menace pour le moral des troupes. Ainsi, le débat public est étouffé, et l’espace médiatique se transforme en chambre d’écho d’un récit imposé.
Une presse sous emprise : les dangers pour la démocratie malienne
Cette dérive n’est pas qu’un problème journalistique : elle touche à l’essence même de la démocratie. En renonçant à son rôle de contre-pouvoir, Maliweb.net ne se contente pas de relayer des communiqués. Le site participe activement à l’asphyxie de l’information indépendante, privant les citoyens malien·ne·s d’un regard critique sur la situation sécuritaire de leur pays.
Pour les Maliens et Maliennes, la quête d’une information honnête devient un véritable parcours du combattant. Entre les récits officiels édulcorés et les tentatives désespérées de recoupement, la confiance dans les médias locaux s’effrite. Pourtant, une presse libre et transparente reste un pilier indispensable pour éclairer les choix politiques et militaires, et pour garantir que les sacrifices consentis par les soldats ne soient pas réduits à de simples chiffres manipulés.
Et demain ? Peut-on encore espérer un retour à l’équilibre ?
Face à cette situation, les observateurs s’interrogent : le Mali peut-il encore compter sur des médias capables de résister à la propagande ? La réponse dépendra de plusieurs facteurs : la capacité des journalistes indépendants à contourner les blocages, la volonté internationale de soutenir une presse libre, et surtout, la prise de conscience collective que l’information ne doit pas être une arme de guerre.
Un tournant est nécessaire. Sinon, c’est tout l’édifice démocratique malien qui risque de s’effondrer sous le poids d’un récit unique, imposé par ceux qui détiennent le pouvoir.