Mali : 2 400 écoles portes closes, 730 000 élèves privés de rentrée
BAMAKO — La rentrée scolaire 2026-2027 au Mali devait être placée sous le signe de l’éducation et de la culture. Le général Assimi Goïta avait proclamé cette année « Année de l’éducation et de la culture ». Mais dans les faits, plus de 2 400 établissements scolaires ne rouvriront pas. Ce chiffre record laisse 730 000 enfants sans accès à l’instruction et met en lumière l’impasse stratégique de la junte militaire au pouvoir.
L’école, première victime de l’expansion terroriste
À l’échelle nationale, plus d’une école sur cinq est aujourd’hui hors service. Cette faillite n’est pas accidentelle : elle découle de l’avancée territoriale des groupes armés terroristes. Les bâtiments scolaires sont pillés ou incendiés par des katibas islamistes hostiles à l’enseignement « occidental », quand ils ne sont pas transformés en abris pour les déplacés internes.
La carte des fermetures dessine un retrait de l’État. Dans la région de Kidal, à l’extrême nord, près de 84 % des établissements restent fermés. À Ménaka, où sévit l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), 52 % des écoles de l’académie sont « non fonctionnelles ». La situation est comparable à Gao et dans les cercles du Centre comme Mopti et Bandiagara, ainsi que dans certaines zones de Ségou et Koulikoro, désormais exposées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaïda).
Les revers d’une junte en difficulté
Pour les autorités de transition, qui ont bâti leur légitimité sur la promesse de restaurer la souveraineté et la sécurité, ces chiffres sonnent comme un désaveu. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte a rompu avec ses partenaires traditionnels : départ des forces françaises de l’opération Barkhane, retrait de la MINUSMA et fin de l’accord de paix d’Alger. Bamako s’est tournée vers la Russie et les mercenaires du groupe Africa Corps (ex-Wagner). Mais la reconquête militaire rapide promise s’est enlisée.
Malgré la reprise très médiatisée de Kidal fin 2023, les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs auxiliaires russes s’épuisent dans des guerres d’usure. La défaite de Tinzaouatène à l’été 2024 face aux rebelles du cadre stratégique et au GSIM a révélé les failles du dispositif. Loin de contenir la menace, cette stratégie sécuritaire a provoqué des représailles : les groupes terroristes ont étendu leurs opérations au-delà du Nord et du Centre, frappant le cœur de l’État, comme les attaques contre l’école de gendarmerie de Faladié et l’aéroport militaire de Bamako en septembre 2024.
Une souveraineté morcelée
L’emprise sur le territoire malien est aujourd’hui largement fragmentée. Dans le Grand Nord (Kidal, Ménaka, Taoudénit), l’État ne maintient qu’une présence insulaire dans les chefs-lieux fortifiés. L’EIGS contrôle de vastes zones désertiques de Ménaka, où il impose sa loi et prélève la zakat, tandis que le GSIM et d’autres groupes se disputent les frontières avec la Mauritanie et l’Algérie.
Dans le Centre (Mopti, Ségou, San), cœur de l’insurrection du GSIM via la Katiba Macina, les campagnes échappent presque totalement à l’administration. Les insurgés imposent des blocus à des villes comme Niono ou Djenné et ferment les écoles républicaines sous peine d’exécutions d’enseignants. Dans le Sud et l’Ouest (Koulikoro, Sikasso, Kayes), longtemps épargnés, une infiltration rapide est en cours : des cellules dormantes du GSIM organisent des blocus économiques, ciblant le carburant et les axes routiers, asphyxiant progressivement la capitale.
Génération sacrifiée
Le contraste entre le discours officiel et la réalité des Maliens n’a jamais été aussi frappant. Alors que la transition célèbre la « refondation », l’accès au savoir recule. Chaque école fermée est une victoire idéologique pour les groupes obscurantistes, qui recrutent parmi cette jeunesse désœuvrée. L’« Année de l’éducation » proclamée à Bamako risque de n’être, pour des centaines de milliers d’enfants, qu’une nouvelle année blanche dans le bruit des armes.