1 juillet 2026

Niger libéré

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L’ombre grandissante du cyberharcèlement sur les femmes au Tchad

En 2016, le Tchad était secoué par l’affaire Zouhoura, une jeune lycéenne victime d’un viol collectif dont les images avaient été lâchement diffusées sur le web par ses bourreaux. Une décennie plus tard, le constat est amer : les violences numériques demeurent une menace omniprésente pour les citoyennes tchadiennes.

Dans le contexte actuel, une simple publication sur les réseaux sociaux peut déclencher une vague de haine. Les militantes, en première ligne, paient un tribut particulièrement lourd. Epiphanie Dionrang, qui dirige la Ligue tchadienne des droits des femmes, incarne ce combat. Ayant elle-même subi les foudres du cyberharcèlement en raison de ses engagements, elle livre un témoignage poignant sur cette réalité invisible mais dévastatrice.

La présidente de la Ligue tchadienne des droits des femmes, Epiphanie Dionrang, victime du cyberharcèlement en raison de ses prises de position.

La double peine des militantes tchadiennes

Pour Epiphanie Dionrang, l’engagement pour les droits humains et la lutte contre le cyberharcèlement sont indissociables. « Ce fléau fait partie intégrante des violences que les femmes et les jeunes filles subissent quotidiennement au Tchad », explique-t-elle. Ses propres prises de position lui ont valu des vagues de haine, illustrant parfaitement le concept de « backlash » numérique.

Les agressions en ligne se manifestent sous diverses formes : intimidations directes, remarques sexistes dégradantes, messages de haine ou encore harcèlement téléphonique. Ces attaques ne restent pas sans conséquences. Les victimes s’enfoncent souvent dans une détresse psychologique profonde, marquée par l’anxiété, la dépression et une perte d’estime de soi.

Tchad, N'Djamena | Des femmes participent à une manifestation contre les violences faites aux femmes à N'Djamena. (Photo d'archives)

L’humiliation publique, alimentée par la divulgation d’informations privées, pousse de nombreuses femmes à l’isolement. « On finit par s’autocensurer, par réduire sa présence dans l’espace public pour se protéger », confie l’activiste. Dans les situations les plus graves, ce harcèlement peut mener à des pensées suicidaires, impactant la vie sociale, professionnelle et économique des cibles.

Une impunité persistante malgré les structures existantes

Identifier les coupables s’avère complexe. Si certains agresseurs sont des connaissances ou d’anciens amis, beaucoup se cachent derrière l’anonymat de faux profils. Face à cela, Epiphanie Dionrang conseille de collecter systématiquement des preuves : captures d’écran, liens, dates et identifiants des comptes malveillants.

Toutefois, le recours à la justice au Tchad reste un parcours du combattant. L’absence d’un code numérique robuste et l’inefficacité perçue du système judiciaire freinent les dépôts de plainte. Bien qu’il existe une Agence nationale de sécurité informatique et une cellule de lutte contre la cybercriminalité, leurs actions sont jugées insuffisantes. « La sensibilisation ne suffit pas ; il faut de la prévention réelle et, surtout, de la répression », martèle la présidente de la Ligue.

Tchad, N'Djamena | Des femmes participent à une manifestation contre les violences faites aux femmes à N'Djamena. (Archives)

Briser le silence par la culture et la solidarité

Pour contrer ce phénomène, des initiatives culturelles voient le jour, à l’image du documentaire « Harcèlement 2.0, La résilience des Africaines connectées » de la cinéaste tchadienne Aché Ahmat Moustapha. Ce film, auquel Epiphanie Dionrang a participé, vise à libérer la parole et à briser les tabous entourant les violences numériques.

L’objectif est de créer des espaces sécurisés où les victimes peuvent s’exprimer sans crainte d’être jugées. Au Tchad comme ailleurs sur le continent, la solidarité et le plaidoyer restent les meilleures armes pour que les femmes cessent d’être les proies des réseaux sociaux.

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