Le Gabon tourne le dos à la France : une chute historique de son image
L’influence de la France au Gabon connaît un déclin sans précédent. Selon la dernière enquête d’Afrobarometer, 78 % des Gabonais considèrent désormais l’impact de Paris dans leur pays comme négatif, contre seulement 20 % de perceptions positives. Cette chute vertigineuse place la France en dernière position parmi les partenaires étrangers à Libreville, dans un État longtemps présenté comme le bastion francophone d’Afrique centrale.
Le fossé se creuse davantage face aux autres acteurs internationaux. La Chine séduit 61 % des Gabonais, suivie de près par l’Union africaine (60 %), les États-Unis (47 %) et la Russie (43 %). Ces chiffres révèlent une inversion des rapports de force, où Pékin apparaît désormais trois fois plus légitime que Paris. Cette transformation reflète un changement profond des aspirations diplomatiques gabonaises, dans un contexte où la présence française, autrefois perçue comme incontournable, est désormais questionnée.
Un rejet qui s’inscrit dans une dynamique continentale
Le Gabon n’est pas un cas isolé. Depuis le départ des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la remise en cause de l’influence de Paris s’étend bien au-delà du Sahel. Le Tchad a exigé en 2024 une révision de ses accords de défense, tandis que le Sénégal a obtenu la fermeture des bases militaires françaises. La Côte d’Ivoire a emboîté le pas, et le Gabon, sous l’impulsion de la junte dirigée par Brice Clotaire Oligui Nguema depuis août 2023, s’aligne sur cette tendance à la réappropriation de la souveraineté.
Sur le plan symbolique, la réduction des effectifs français au Gabon (EFG) à une simple mission de coopération, ainsi que la fermeture progressive des bases militaires sur le continent, accompagnent cette évolution. Les autorités de Libreville, en mettant en avant la souveraineté et la diversification des alliances, répondent à une opinion publique de plus en plus critique envers les relations asymétriques avec l’ancienne puissance coloniale.
La Chine profite de l’affaiblissement français
L’ascension de Pékin ne repose pas uniquement sur des investissements dans les infrastructures ou des prêts avantageux. Sa stratégie mise sur une communication dépolitisée, axée sur des réalisations concrètes : routes, hôpitaux, réseaux de télécommunication. Le manganèse gabonais, ressource stratégique pour la Chine, renforce cette coopération transactionnelle, perçue par les citoyens comme plus transparente que les liens complexes entretenus avec la France.
La Russie, avec 43 % d’opinions favorables, tire parti d’un discours anti-occidental amplifié par les réseaux sociaux. Bien que son poids économique reste limité face à la Chine ou à la France, Moscou bénéficie d’un capital de sympathie auprès d’une jeunesse urbaine en quête de rupture avec l’héritage colonial. Quant à l’Union africaine, avec 60 % de soutien, elle confirme que le multilatéralisme continental conserve une forte crédibilité, malgré la suspension du Gabon après le coup d’État de 2023.
Un défi majeur pour la diplomatie française
Ces résultats constituent un signal d’alarme pour Paris. Le Gabon abrite des intérêts économiques stratégiques, notamment dans le manganèse avec Eramet, les hydrocarbures avec TotalEnergies, ainsi que dans les secteurs bancaire et logistique. Une détérioration continue de l’image de la France pourrait fragiliser ces positions, d’autant plus que les autorités de transition réexaminent actuellement les appels d’offres publics.
Le franc CFA, les enjeux de restitution des biens culturels et les séquelles des interventions post-indépendance alimentent un mécontentement structurel que des mesures superficielles ne pourront résoudre. Les données d’Afrobarometer indiquent clairement que la France devra opérer une refonte profonde de sa politique africaine, au-delà des simples ajustements symboliques, pour espérer regagner la confiance des Gabonais.
Cependant, le paysage politique gabonais pourrait encore évoluer. La transition en cours, prévue pour aboutir à une élection présidentielle et au rétablissement de l’ordre constitutionnel, pourrait redessiner les équilibres. Le futur gouvernement devra concilier les impératifs économiques, la pression populaire pour une rupture avec le passé et l’attractivité croissante des propositions chinoises, américaines et russes.