10 juillet 2026

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Le Gabon s’engage dans une transformation agricole majeure pour sa souveraineté alimentaire

Le Gabon s’engage dans une transformation agricole majeure pour sa souveraineté alimentaire

Libreville, ce mercredi 8 juillet 2026 – Le Gabon est sur le point d’initier l’une des restructurations agricoles les plus audacieuses de son histoire contemporaine. Dès le 1er janvier 2027, l’importation de poulet de chair sera formellement proscrite, marquant un virage décisif dans la politique nationale de souveraineté alimentaire, portée avec détermination par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Longtemps tributaire des marchés étrangers pour l’approvisionnement de sa population, le pays opte désormais pour une rupture économique assumée. L’ambition est claire dans son principe, mais colossale dans sa mise en œuvre : produire localement ce qui est aujourd’hui massivement importé, transformant ainsi une dépense extérieure en un puissant levier de croissance nationale.

La cinquième session du comité technique en charge du suivi de cette réforme, présidée cette semaine par le secrétaire général du gouvernement, Abdu Razzaq Guy Kambogo, atteste de l’intensification des préparatifs et de la ferme volonté des autorités de respecter le calendrier établi.

Une bataille économique bien au-delà de l’agriculture

La consommation de volaille représente actuellement une part significative des importations alimentaires sur le continent africain. Pour de nombreux États, le poulet congelé importé est devenu le symbole d’une dépendance structurelle qui fragilise les économies locales, anéantit les filières agricoles nationales et expose les consommateurs aux fluctuations des cours mondiaux.

Le Gabon entend désormais inverser cette dynamique. L’interdiction planifiée des importations vise à dynamiser la production domestique, à garantir la sécurité des approvisionnements alimentaires et à conserver sur le territoire des centaines de milliards de francs CFA qui profitent aujourd’hui aux industries avicoles étrangères.

Cette stratégie s’inscrit dans une tendance générale observée dans plusieurs nations africaines, résolues à reconquérir leur souveraineté alimentaire après les perturbations mondiales engendrées par les crises sanitaires, les conflits internationaux et les tensions logistiques. L’alimentation est devenue un enjeu de sécurité nationale autant qu’une priorité économique.

Bâtir une industrie avant de fermer les frontières

Le succès de cette réforme dépendra cependant d’une équation simple mais implacable : interdire les importations sans disposer d’une offre locale suffisante risquerait de provoquer pénuries et inflation. C’est précisément pour prévenir un tel scénario que les autorités gabonaises multiplient les investissements préparatoires.

Le Plan Opérationnel d’Urgence de la Filière Avicole prévoit déjà l’aménagement de multiples sites de production à travers le pays, avec le soutien précieux du Génie militaire. Les zones de Nzamaligué et de Ntoum-Tchad ont été sécurisées, tandis que les vastes plaines agricoles d’Ayémé et du Woleu-Ntem devraient, à terme, fournir près de cinq mille tonnes annuelles de poulet de chair. Le développement concomitant des cultures de maïs et de soja constitue également un pilier central du dispositif, l’alimentation animale représentant l’un des principaux coûts de production de la filière avicole.

L’énergie est également au cœur de cette stratégie, avec l’installation projetée de kits solaires sur les futurs complexes industriels. Le défi de l’accès à l’eau demeure en revanche un des principaux obstacles techniques, nécessitant la réalisation d’un grand nombre de forages.

Trois millions de poussins pour un nouveau modèle

La décision la plus emblématique de cette montée en puissance est sans doute la commande de trois millions de poussins d’un jour, dont l’arrivée est annoncée pour les prochaines semaines. Une première livraison de plus de 262 000 poussins est attendue dès septembre prochain, avant une augmentation progressive des approvisionnements jusqu’à la fin de l’année.

Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du chantier entrepris. Au-delà du simple élevage, le Gabon aspire en réalité à édifier un véritable écosystème industriel, intégrant production agricole, logistique, alimentation animale, transformation, distribution et la création massive d’emplois.

Ce projet pourrait devenir l’un des premiers grands laboratoires de réindustrialisation agricole en Afrique centrale. Reste désormais la question cruciale de l’exécution. Les contraintes de financement, les défis fonciers, les infrastructures routières encore perfectibles et les enjeux logistiques pourraient tempérer cette ambition. Mais le choix politique est désormais gravé dans le marbre : le Gabon ne veut plus se contenter d’importer sa nourriture.

Il souhaite forger sa propre sécurité alimentaire, générer sa richesse agricole et reprendre le contrôle d’une composante essentielle de sa souveraineté économique. Dans un contexte mondial où les chaînes d’approvisionnement se fragilisent d’année en année, ce pari pourrait bien apparaître demain non comme une exception, mais comme une impérieuse nécessité pour de nombreux pays africains.

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