Le Bénin peut-il réellement éradiquer les violences faites aux femmes grâce à cette convention ?
Le Conseil des ministres valide une avancée majeure pour les droits des femmes
Le gouvernement béninois franchit un cap décisif dans sa lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Lors d’une séance historique, le Conseil des ministres, présidé par le Chef de l’État Romuald Wadagni, a adopté la transmission à l’Assemblée nationale de la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Une décision qui marque l’engagement sans précédent des autorités à renforcer le cadre juridique national et à aligner le pays sur les standards continentaux en matière de protection des droits fondamentaux.
Une Convention africaine pour des réponses globales et inclusives
Adoptée en février 2025 à Addis-Abeba, cette Convention représente bien plus qu’un texte juridique : c’est un outil contraignant qui couvre toutes les formes de violences, qu’elles soient physiques, sexuelles, psychologiques, verbales ou économiques. Elle intègre également les violences numériques, un fléau en pleine expansion, où le harcèlement et les intimidations en ligne s’ajoutent aux agressions traditionnelles. Son ambition ? Offrir une protection exhaustive, sans échappatoire possible.
L’ambition d’une protection sans faille
Contrairement aux approches fragmentées, cette Convention adopte une vision holistique. Elle ne se limite pas aux violences visibles : elle reconnaît aussi les atteintes moins manifestes, comme les manipulations psychologiques ou les discriminations économiques. En couvrant tous les espaces – privés, publics, professionnels et numériques –, elle impose aux États de mettre en place des mécanismes adaptés à la diversité des situations. Une avancée qui répond aux défis actuels où les frontières entre vie réelle et virtuelle s’estompent.
Le rejet absolu de toute justification culturelle ou religieuse
Un principe fondateur de ce texte mérite une attention particulière : aucune coutume, aucune tradition ni aucune croyance ne peut légitimer la violence envers les femmes. Une stance claire qui entend briser les cycles de tolérance sociale et renforcer le principe selon lequel la dignité humaine est non négociable. Le message est sans ambiguïté : les droits fondamentaux priment sur des pratiques héritées du passé.
Une vision centrée sur les victimes
Au-delà des mesures répressives, la Convention place les victimes au cœur du dispositif. Leur protection, leur accompagnement et leur reconstruction doivent devenir des priorités absolues dans les politiques publiques. Il ne s’agit pas seulement de punir les agresseurs, mais de créer un environnement où les femmes et les filles se sentent en sécurité, soutenues et respectées. Une approche qui implique aussi la prévention, pour agir en amont et éviter que les violences ne se produisent.
La masculinité positive : un levier pour changer les mentalités
La lutte contre les violences basées sur le genre ne peut être l’affaire exclusive des femmes. Les hommes et les garçons ont un rôle central à jouer dans la déconstruction des stéréotypes et la promotion d’une masculinité respectueuse et égalitaire. Des campagnes de sensibilisation et des programmes éducatifs pourraient ainsi être développés pour encourager une participation active et responsable de tous les acteurs sociaux.
Un alignement avec les engagements continentaux
Pour le Bénin, cette ratification représente une étape clé dans la consolidation de ses politiques publiques en faveur des droits des femmes. Elle permettra d’harmoniser le droit interne avec les normes africaines, tout en renforçant les mécanismes de prévention et de protection. L’enjeu est de taille : adapter les réponses nationales aux nouvelles réalités, notamment celles imposées par le numérique, où les violences peuvent prendre des formes insidieuses et multiformes.
Véronique Tognifodé, Ministre de la Famille et de l’Action sociale, salue cette initiative et insiste sur la nécessité d’agir à tous les niveaux : « Cette transmission à l’Assemblée nationale est une avancée majeure, mais elle doit s’accompagner d’actions concrètes. Il faut renforcer les structures d’accueil, former les professionnels et sensibiliser la population pour que la protection des femmes devienne une réalité au quotidien. »
De l’engagement politique à l’action collective
Les prochains mois seront déterminants. Après l’adoption par les députés, le Bénin devra concrétiser cet engagement en mettant en place des dispositifs efficaces, en améliorant l’accompagnement des victimes et en garantissant l’application stricte des nouvelles dispositions légales. La ratification de la Convention doit être suivie d’une mise en œuvre rigoureuse, car les droits des femmes ne se défendent pas seulement sur le papier.
Alors que le 25 novembre approche, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, cette décision s’inscrit dans un calendrier symbolique. Elle rappelle que la lutte contre ces violences ne peut se limiter à des déclarations ou à des événements ponctuels : elle exige un engagement constant et une mobilisation de tous les secteurs de la société.
Un défi pour l’avenir : transformer la volonté en résultats
Romuald Wadagni a fait de la protection des femmes et des filles une priorité de son mandat. Mais l’essentiel reste à construire. Derrière chaque signature apposée sur un document, il y a une exigence : garantir à chaque femme et chaque fille le droit de vivre sans peur, dans la dignité et le respect. Le défi est immense, mais le Bénin dispose désormais d’un outil puissant pour y répondre.