L’Afrique face aux coups d’état : un chercheur nigérien dénonce l’impunité
Les auteurs de putschs africains peuvent-ils accéder au pouvoir par les urnes ?
Les putschistes africains peuvent-ils être légitimés par le vote ?
Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine a clos ses travaux sur un engagement fort : éradiquer les changements de pouvoir anticonstitutionnels et faire taire les armes. Mais dans un contexte où certains dirigeants issus de coups d’État accèdent au pouvoir par la voie électorale, cette promesse tient-elle vraiment ses promesses ?
Paul-Simon Handy, chercheur camerounais et directeur régional de l’Institut d’études de sécurité (ISS) pour l’Afrique de l’Est, était présent à Addis-Abeba pour analyser cette contradiction. Il revient sur les enjeux de cette déclaration et ses implications pour le continent.
Lors de ce sommet historique, les dirigeants africains ont réaffirmé leur volonté de mettre fin aux coups d’État qui secouent régulièrement le continent. Pourtant, la question de la légitimité démocratique des putschistes reste entière. Paul-Simon Handy, dont les analyses éclairent souvent les débats sur la sécurité en Afrique, a partagé son point de vue sur cette apparente contradiction.
Un engagement ambigu face aux putschistes
Les résolutions adoptées lors du sommet de l’Union africaine (UA) visent à interdire tout changement de pouvoir anticonstitutionnel. Pourtant, certains dirigeants ayant pris le pouvoir par la force ont ensuite été validés par des élections, comme au Niger, au Mali ou encore en Guinée. Cette situation soulève une question cruciale : comment concilier condamnation des coups d’État et reconnaissance de leur légitimité électorale ?
Selon Paul-Simon Handy, cette ambiguïté révèle un défaut de cohérence dans la politique africaine. « Il n’est pas acceptable que des auteurs de coups d’État soient élus démocratiquement sans que les mécanismes de l’UA n’interviennent », a-t-il souligné. Pour lui, cette tolérance envers les putschistes envoie un message contradictoire aux populations et aux institutions continentales.
Les mécanismes de l’UA en question
L’Union africaine dispose pourtant d’outils pour sanctionner les changements de pouvoir anticonstitutionnels. Parmi eux, la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée en 2007, prévoit des mesures contre les régimes issus de coups d’État. Cependant, son application reste inégale, voire inexistante dans certains cas.
Paul-Simon Handy rappelle que l’efficacité de ces mécanismes dépend largement de la volonté politique des États membres. « Sans une application stricte des sanctions, ces résolutions ne resteront que des déclarations d’intention », a-t-il déclaré. Il souligne également l’importance de la responsabilité des dirigeants africains dans la préservation de la démocratie sur le continent.
L’Afrique peut-elle tourner la page des coups d’État ?
Pour le chercheur, la réponse dépendra de plusieurs facteurs :
- Une application rigoureuse des sanctions contre les régimes issus de coups d’État, y compris l’exclusion des organisations régionales et internationales.
- Un soutien renforcé aux transitions démocratiques, notamment en accompagnant les processus électoraux et en luttant contre la corruption.
- Une pression accrue des organisations de la société civile pour exiger des comptes aux dirigeants africains.
« La stabilité de l’Afrique ne peut plus être sacrifiée sur l’autel des intérêts politiques ou économiques », a-t-il insisté. Pour lui, il est temps que le continent passe des discours aux actes et montre une réelle détermination à éradiquer les coups d’État.
Alors que l’Afrique fait face à des défis majeurs en matière de sécurité et de gouvernance, les propos de Paul-Simon Handy rappellent l’urgence d’une action collective pour préserver la démocratie et la paix sur le continent.