La Rdc porte plainte devant la justice internationale contre le Rwanda
Un an après l’accord de paix signé à Washington, la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo n’a pas cessé. Kinshasa a décidé de saisir la Cour internationale de Justice pour dénoncer le soutien de Kigali aux groupes armés, en particulier l’AFC-M23.
Le 27 juin marque le premier anniversaire de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, négocié sous l’égide des États-Unis. Pourtant, sur le terrain, les combats entre l’armée congolaise et la rébellion de l’AFC-M23, appuyée par le Rwanda, se poursuivent sans relâche.
Par ailleurs, Washington a imposé des sanctions à plusieurs responsables rwandais impliqués dans le trafic illégal de minerais provenant des zones rebelles.
Un accord de paix resté lettre morte
Kinshasa et Kigali s’étaient engagés à coopérer pour rétablir la paix dans l’est de la RDC, où l’AFC-M23 occupe de vastes territoires depuis plus d’un an. Mais sur le terrain, rien n’a changé.
« On espérait qu’après la signature, les banques rouvriraient, les aéroports aussi. Malheureusement, on vit toujours la même misère », confie un habitant de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu.
« On se demande si la crédibilité des États-Unis est encore intacte. Pourquoi la même politique appliquée chez eux ne s’applique-t-elle pas à nos voisins qui nous agressent ? », s’interroge un autre résident de la ville, tandis qu’un troisième ajoute : « Jusqu’à présent, rien ne fonctionne. Ils se rencontrent, affichent de bonnes intentions, mais sur le terrain, la guerre continue. »
Kigali visé par des sanctions et une procédure judiciaire
La RDC accuse le Rwanda de soutenir depuis près de trente ans des groupes armés responsables de graves violations des droits humains dans l’est du pays. Kinshasa a donc saisi la CIJ, exigeant des réparations pour les victimes et la reconnaissance de la responsabilité de Kigali.
Les États-Unis ont aussi sanctionné la raffinerie rwandaise Gasabo Gold, ses dirigeants et plusieurs sociétés minières impliquées dans le trafic de minerais en provenance des zones contrôlées par l’AFC-M23. Selon Washington, ce trafic finance les activités rebelles. Cependant, certains analystes jugent ces sanctions inefficaces.
« L’impression générale est que ces sanctions ne suffisent pas à modifier les calculs stratégiques des acteurs. Tant que le coût de l’affrontement reste inférieur à celui de la concession, le statu quo leur est favorable », estime Yvon Muya, expert en conflits à l’université Saint-Paul d’Ottawa.
Vers une escalade militaire
La paix est loin d’être revenue. Les échanges de tirs sont quasi quotidiens dans plusieurs zones. Le professeur Bob Kabamba, de l’université de Liège, estime que les belligérants se préparent à une nouvelle confrontation.
« Pendant ce temps, chaque camp se réorganise, se réarme et se prépare à ce qu’on pourrait appeler la bataille décisive. Soit le gouvernement reprend les territoires conquis, soit la rébellion avance vers le Katanga et met en danger le régime de Kinshasa. »
Depuis plus d’un an, l’AFC-M23 occupe Goma, Bukavu et de nombreuses localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les combats s’intensifient, aggravant la crise humanitaire qui frappe des milliers de déplacés.