7 mai 2026

La course à l’influence au Sahel : les stratégies de l’Algérie et du Maroc

La bande sahélienne, s’étendant du Mali jusqu’au Tchad, ne présente pas, à première vue, les caractéristiques d’un nouvel eldorado économique. Loin de la prospérité d’un Singapour en termes d’investissements directs étrangers, les économies du Mali, du Burkina Faso et du Niger affichent des indicateurs fragiles et cumulent les désavantages. Au Mali, par exemple, 47 % de ses 25,9 millions d’habitants ont moins de 15 ans, et seulement un quart des terres est cultivable. Le pays se classe au 188e rang sur 193 pour l’indice de développement humain (PNUD), avec près de 45 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Des statistiques similaires sont observées à Ouagadougou et Niamey, avec respectivement 40 % et 60,5 % de la population sous ce seuil (Banque mondiale).

Ces trois nations sont enclavées et actuellement dirigées par des régimes militaires putschistes, formant l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette alliance bénéficie d’un soutien discret du Kremlin, désireux de réduire l’empreinte française persistante dans la région. Leur discours anti-français, anti-occidental et anti-démocratique promettait la prospérité, mais celle-ci tarde à se matérialiser. Face à ce constat, deux acteurs régionaux majeurs, l’Algérie et le Maroc, proposent désormais leurs services et leurs visions stratégiques.

Le Maroc : une ouverture stratégique sur l’Atlantique

Le Royaume du Maroc met en avant un projet d’envergure : la construction du port Dakhla Atlantique. Cette infrastructure vise à devenir un pôle majeur pour l’Afrique de l’Ouest et une porte d’accès vers les Amériques, à l’image du succès de Tanger Med. Prévus pour s’achever en 2028 et être opérationnels dès 2029, ces travaux s’inscrivent dans une vision ambitieuse.

Rabat a récemment accueilli les dirigeants de l’AES, leur présentant une offre géopolitique séduisante : un débouché maritime sur l’océan Atlantique, potentiellement complété par une ligne ferroviaire (encore à l’étude), qui désenclaverait les trois pays et stimulerait leur développement économique. Pour le Maroc, cette initiative, au-delà de ses ambitions régionales, est aussi un moyen de démontrer que son plan de développement du Sahara occidental bénéficiera à toute la sous-région. Elle vise également à lutter indirectement contre les groupes djihadistes qui déstabilisent le Sahel en offrant des perspectives à une jeunesse grandissante et souvent sans espoir, dans une région où le taux de natalité est élevé et la population devrait doubler en une décennie.

L’Algérie : un gazoduc transsaharien vers l’Europe

Après une période de tensions, Alger a renoué avec le Niger mi-février, proposant au chef du pouvoir militaire à Niamey, Abderrahmane Tiani, de concrétiser le tronçon nigérien du projet de gazoduc transsaharien. Ce gigantesque pipeline, long de 4800 kilomètres, acheminera le gaz naturel du Nigeria, via le Niger, jusqu’en Algérie, pour ensuite approvisionner le marché européen. La société nationale des hydrocarbures, Sonatrach, prendrait en charge la construction sur le territoire nigérien et s’engagerait à former des Nigériens à son exploitation, un atout majeur comparé à d’autres partenaires étrangers qui négligent souvent le transfert de compétences locales.

Deux approches complémentaires face aux défis du Sahel

Les discussions concernant le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, notamment à Madrid et Washington (les 23 et 24 février), soulignent l’importance d’une résolution de ce conflit cinquantenaire. Si cet enjeu était dépassé, l’Algérie et le Maroc pourraient envisager une approche concertée des défis sécuritaires et démographiques explosifs du Sahel, ce qui empêcherait les États de l’AES de jouer sur leurs rivalités.

Le djihadisme trouve un terrain fertile dans la combinaison de la pauvreté endémique et de la fragilité des gouvernements. Alger et Rabat cherchent, chacun à leur manière, à rompre ce cercle vicieux. L’Algérie mise sur ses ressources en hydrocarbures et l’expertise de Sonatrach, tandis que le Maroc promeut sa stratégie de grands travaux et sa vision de hub entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe. Bien que ces deux stratégies soient intrinsèquement complémentaires pour le développement régional, le différend persistant autour du Sahara occidental les maintient dans une opposition regrettable.

Les tensions restent palpables, comme en témoignent les déclarations passées : le 26 septembre 2025, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait exigé que l’Algérie « cesse de soutenir le terrorisme international », une accusation à laquelle Alger, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait répliqué en dénonçant une « logorrhée de soudard ».

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