27 juillet 2026

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Ibrahim traoré et la traite orientale : un tabou brisé au Sahel

Portrait d'Ibrahim Traoré

Ibrahim Traoré et la traite orientale : un tabou brisé au Sahel

En pointant du doigt l’esclavage arabe et ses liens avec l’islam radical contemporain, le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso, a soulevé une polémique révélatrice des tensions mémorielles qui traversent l’Afrique. Une prise de parole qui dépasse la simple provocation pour s’attaquer à un angle mort de l’historiographie africaine, trop souvent ignoré par les puissances du Golfe et une certaine intelligentsia occidentale.

Un silence historique qui pèse sur le Sahel

Certaines vérités pèsent comme des chaînes invisibles. Celle que le capitaine Traoré a osé formuler lors d’un discours à Ouagadougou en est l’exemple parfait. En établissant un lien direct entre la traite négrière arabo-musulmane et les violences djihadistes qui ravagent la région, il a brisé un tabou que ses prédécesseurs, qu’ils soient civils ou militaires, avaient toujours soigneusement évité.

Treize siècles de caravanes, des millions d’Africains déportés depuis les rives du lac Tchad vers les marchés de Tripoli, du Caire ou de Zanzibar. Une histoire connue, mais soigneusement effacée des mémoires officielles. Pourquoi ce mutisme ? Parce que la traite orientale, contrairement à la traite transatlantique, ne sert aucun récit mobilisateur pour les chancelleries occidentales. Pire encore, elle révèle une réalité gênante : l’islam politique, souvent présenté comme une idéologie de libération anticoloniale, a aussi été un instrument d’exploitation raciale.

L’historiographie sous influence politique

Les travaux de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau avaient déjà mis en lumière cette vérité dérangeante. Les chroniques d’Ibn Battuta, les archives des sultanats sahéliens ou encore les manuscrits de Tombouctou regorgent de témoignages sur l’organisation systémique de cette traite. Pourtant, aucune commission de vérité n’a jamais siégé à Agadez ou à Tombouctou. Aucun musée national au Sahel n’évoque ce pan sombre de l’histoire. Les élites postcoloniales, formées dans le dogme de l’unité contre l’ancien colonisateur, ont préféré l’oubli à la confrontation.

En cédant à cette omerta, elles ont offert aux groupes djihadistes un monopole sur l’interprétation de l’histoire. En présentant leur combat comme une révolte contre l’ordre néocolonial, ces mouvements ont effacé leur filiation avec une idéologie conquérante qui, depuis l’époque des Almoravides, justifie la violence par une prétendue supériorité spirituelle. Traoré, en soldat plus qu’en érudit, a brisé cette construction narrative.

Une stratégie mémorielle aux conséquences géopolitiques

Sur le plan tactique, la sortie du capitaine burkinabè relève d’une habileté stratégique redoutable. En nationalisant le combat contre le terrorisme, il le dépouille de son caractère transnational pour lui rendre sa dimension historique et raciale. L’ennemi n’est plus une faction importée, mais l’héritier d’une entreprise de domination étrangère sur les terres noires. Une approche qui vise à rallier les communautés rurales, premières victimes du djihadisme, souvent négligées par une élite urbaine sous influence des financements qataris ou saoudiens.

Pourtant, cette prise de position expose le Burkina Faso à une double marginalisation sur la scène internationale. D’un côté, elle risque de braquer les alliés traditionnels du Golfe, dont les réseaux coraniques irriguent le sous-sol religieux sahélien depuis des décennies. De l’autre, elle risque de déplaire à une partie de l’intelligentsia ouest-africaine, qui y voit une tentative de fracturer le front noir contre l’ancien colonisateur blanc. L’histoire comparée des traites est un champ de mines ; Traoré y marche avec la légèreté d’un soldat, non avec la prudence d’un diplomate.

Les contradictions de la mémoire occidentale

Ce qui rend cette déclaration encore plus dérangeante pour les chancelleries occidentales, c’est qu’elle révèle les contradictions de leur politique mémorielle. L’UNESCO, les ONG et les facultés de sciences sociales ont trop bien appris leur leçon : on se repent de la traite des Blancs, jamais de celle des Arabes. La mémoire sélective est une spécialité française, où l’on célèbre la diversité tout en paralysant toute critique de l’islam radical sous l’accusation d’« islamophobie ».

Ibrahim Traoré ne demande ni réparations ni excuses à la France. Il exige simplement que son peuple affronte son histoire en face, même si celle-ci est gênante pour les alliés du Golfe. Cette indépendance mémorielle, aussi brutale soit-elle, est peut-être ce qui dérange le plus dans les cercles parisiens. Elle rappelle que l’Afrique est désormais capable de mener sa propre enquête historique, sans passer par le prisme déformant des anciennes puissances coloniales.

L’Afrique face à son propre passé

Que retenir de cette prise de parole sahélienne ? D’abord que les mémoires concurrentes ne s’apaiseront pas grâce à des subventions ou des résolutions onusiennes. Elles s’affronteront sur le terrain des récits fondateurs. Ensuite que l’islam politique, loin d’être une simple importation moyen-orientale, plonge ses racines dans une histoire millénaire de conquête et d’asservissement que les Africains eux-mêmes ont trop longtemps préféré occulter.

Traoré a choisi son camp. Reste à savoir si son peuple, épuisé par une décennie de guerre asymétrique, aura la force de soutenir cette déflagration mémorielle, au risque de rouvrir des blessures que l’on croyait refermées par l’oubli. Les historiens diront peut-être qu’il a simplifié une tragédie complexe. Les politiciens diront qu’il a manqué de nuance. Mais une chose est certaine : en Afrique comme ailleurs, les peuples qui ne maîtrisent pas leur propre récit historique sont condamnés à le subir.

Pendant que les éditorialistes parisiens débattent de repentance et d’intersectionnalité, un militaire sahélien aux mains calleuses leur rappelle brutalement l’ordre des priorités. La vérité libère, dit-on. Pourtant, au Sahel, elle est un lion qu’il faut savoir dompter. Ibrahim Traoré vient de lui ouvrir la cage. À lui de savoir si son cou est assez solide pour porter ce fardeau. Car les gardiens du politiquement correct, eux, ne lui pardonneront pas.

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