5 juin 2026

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Gunvor et le Gabon : un contrat pétrolier d’un milliard sous la loupe suisse

Le géant du négoce de matières premières Gunvor se retrouve une fois de plus sous le coup d’une enquête pénale en Suisse. Cette nouvelle procédure concerne un important contrat pétrolier, estimé à près d’un milliard de dollars, signé avec le Gabon. Le Ministère public de la Confédération (MPC) examine attentivement les modalités d’attribution et la structure financière de cet accord d’enlèvement de pétrole brut gabonais. Genève, carrefour mondial du commerce d’hydrocarbures, a vu plusieurs de ses acteurs majeurs impliqués dans des affaires de corruption sur le continent africain ces dernières années.

Un contrat pétrolier gabonais sous haute surveillance

Les enquêteurs suisses examinent un contrat portant sur des livraisons de pétrole brut gabonais, dont la valeur avoisine le milliard de dollars. L’objectif des magistrats helvétiques est de déterminer si des commissions occultes ont été versées à des intermédiaires afin de peser sur l’attribution de ce marché par les autorités du Gabon. Ce pays d’Afrique centrale, douzième producteur de brut sur le continent avec une extraction quotidienne d’environ 200 000 barils, s’appuie encore fortement sur ces exportations pour alimenter son budget national.

L’opération en question remonte à une période où Libreville s’efforçait de diversifier ses partenaires commerciaux et d’accélérer la monétisation de sa production pétrolière. Les accords de pré-financement, où un négociant avance des capitaux en échange de futures livraisons de brut, sont devenus fréquents au sein des économies pétrolières africaines, souvent fragiles face aux fluctuations des cours mondiaux. Ces mécanismes financiers, intrinsèquement complexes et peu transparents, suscitent désormais un intérêt croissant de la part des régulateurs en Europe et en Amérique du Nord.

Gunvor : un historique de litiges avec la justice suisse

Pour l’entreprise genevoise, cette nouvelle affaire s’ajoute à un lourd passif africain. En effet, en 2019, Gunvor avait déjà été sanctionné par le MPC, contraint de payer près de 94 millions de francs suisses pour des manquements organisationnels liés à des faits de corruption au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire. Suite à cette condamnation, la société s’était engagée à consolider ses mécanismes internes de conformité, notamment sous l’impulsion de ses créanciers bancaires et de ses partenaires institutionnels.

La répétition de ces procédures judiciaires soulève des questions quant à l’efficacité réelle des mesures de contrôle mises en place par l’entreprise. Les autorités suisses, autrefois perçues comme indulgentes envers les mastodontes du négoce, ont significativement renforcé leur approche. L’introduction en 2020 d’un cadre de responsabilité pénale pour les entreprises n’ayant pas prévenu la corruption a considérablement étendu les prérogatives du MPC. Le secteur du trading, représentant environ 4 % du Produit Intérieur Brut helvétique, est désormais une cible privilégiée de cette politique répressive.

Le Gabon sous les projecteurs de la transparence internationale

Cette affaire survient à un moment sensible pour les autorités gabonaises. Les nouvelles administrations, mises en place après la transition de 2023, ont fait de la transparence des revenus pétroliers un pilier de leur légitimité. La Société gabonaise de raffinage (SOGARA) et la compagnie nationale Gabon Oil Company (GOC) sont désormais sommées de clarifier les réseaux de commercialisation hérités de la décennie précédente. Une collaboration formelle avec la justice suisse pourrait permettre à Libreville de marquer une nette rupture avec les pratiques passées.

Les implications de cette enquête dépassent toutefois le simple cadre bilatéral. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), à laquelle le Gabon a récemment réadhéré, scrute la divulgation des contrats d’enlèvement de brut. De plus, les institutions financières multilatérales, telles que le Fonds monétaire international (FMI), subordonnent leur appui à une meilleure gouvernance du secteur des hydrocarbures. Des accusations étayées contre des intermédiaires gabonais pourraient donc influencer les négociations en vue d’un futur programme de soutien.

Dans le milieu du négoce suisse, les répercussions de cette affaire pourraient être significatives. Plusieurs rivaux de Gunvor, eux-mêmes déjà ciblés par des investigations pour des agissements comparables en Angola, au Nigeria ou en République du Congo, observeront attentivement la qualification juridique que retiendront les magistrats. La perspective de la confiscation de profits illicites, potentiellement chiffrés à plusieurs dizaines de millions de dollars dans des cas similaires, constitue un puissant moyen de dissuasion. L’enquête helvétique est officiellement lancée et pourrait révéler de nouveaux éléments dans les mois à venir.

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