Guinée-Bissau : la junte met son veto au retour d’Embaló
Un bras de fer politique à Bissau
La Guinée-Bissau traverse une nouvelle zone de turbulence politique. Le Haut commandement militaire a formellement rejeté la volonté d’Umaro Sissoco Embaló de revenir à Bissau pour se présenter à la présidentielle prévue en fin d’année. Dans un communiqué cinglant, les autorités de transition ont dénoncé une tentative de « déstabilisation » et écarté toute ambition électorale de l’ancien président.
Cette décision intervient après que l’ex-chef d’État, en exil depuis sa chute en novembre 2025, a annoncé son intention de rentrer au pays pour briguer un nouveau mandat. Ce refus catégorique plonge à nouveau la capitale dans l’incertitude.
Les ambitions contrariées d’un ex-président
Umaro Sissoco Embaló ne compte pas quitter la scène politique. Depuis l’étranger, il a déclaré vouloir revenir pour être candidat à l’élection présidentielle. Il s’appuie sur les textes de la transition qui interdisent aux membres de la junte de se présenter, estimant disposer d’une voie ouverte. Pour appuyer sa candidature, une coalition dénommée « Plateforme républicaine », regroupant une douzaine de partis et organisations, a été mise en place.
Pour l’ancien président, l’enjeu dépasse la simple participation électorale : il s’agit de prendre une revanche institutionnelle et de démontrer que sa base populaire reste intacte malgré les événements de novembre dernier.
Novembre 2025 : un putsch aux allures d’inachevé
Pour saisir l’ampleur de l’affrontement actuel, il faut revenir au 26 novembre 2025. Ce jour-là, la Guinée-Bissau, pays coutumier des coups de force militaires, bascule à nouveau dans le chaos.
Le contexte était explosif : trois jours plus tôt, le 23 novembre, les Bissau-Guinéens votaient pour un scrutin présidentiel décisif. Alors que le dépouillement touchait à sa fin et que les camps d’Embaló et de son principal rival revendiquaient la victoire, des tirs d’armes lourdes ont éclaté dans la capitale.
En quelques heures, des éléments des Forces armées révolutionnaires du peuple ont encerclé le palais présidentiel et capturé Umaro Sissoco Embaló. Les putschistes, réunis au sein du « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale », ont suspendu le processus électoral, invoquant un projet de « manipulation des résultats ».
Dès les premières heures, des controverses ont surgi. Des observateurs internationaux, des diplomates et des figures de l’opposition ont qualifié ce putsch d’« arrangement » ou de « comédie politique ». Les détracteurs d’Embaló l’ont accusé d’avoir lui-même orchestré un auto-coup d’État pour neutraliser la victoire annoncée de ses adversaires. Exfiltré dès le lendemain vers Dakar à bord d’un vol spécial, Embaló a laissé un pays dans l’incertitude juridique et institutionnelle.
Le veto sans appel des militaires
La junte oppose aujourd’hui ce lourd passif aux velléités de retour de l’ancien président. Dans leur réponse aux déclarations d’Embaló, les autorités militaires ont signifié qu’il ne serait pas autorisé à fouler le sol national, le désignant comme le principal responsable de la crise ayant conduit au coup de force de novembre.
« Aucun acteur ayant compromis la paix sociale et la stabilité de la nation ne sera autorisé à instrumentaliser le processus de transition à des fins d’agitation électorale », a martelé le pouvoir militaire.
Pour les hauts gradés aux commandes à Bissau, autoriser le retour d’Embaló équivaudrait à réintroduire un facteur de risque majeur dans un paysage politique déjà exsangue. La junte entend garder un contrôle strict sur le calendrier électoral et la sélection des acteurs autorisés à concourir.
Une démocratie sous haute tension
En barrant la route à Umaro Sissoco Embaló, le pouvoir militaire risque d’enflammer un climat politique déjà délétère. Une grande partie de l’opposition traditionnelle se retrouve marginalisée, frappée par l’exil ou des poursuites judiciaires, tandis que les partisans d’Embaló dénoncent une dérive autoritaire et une exclusion arbitraire.
Alors que la Guinée-Bissau tente péniblement de tracer la feuille de route d’un retour à l’ordre constitutionnel, ce veto pose la question cruciale de l’inclusivité des futures élections. Entre un président déchu déterminé à forcer le passage depuis l’étranger et une junte militaire résolue à lui verrouiller la porte, la trajectoire démocratique du pays s’inscrit plus que jamais en point d’interrogation.