6 septembre 2026

Niger libéré

Journal en ligne nigérien engagé pour la liberté de presse, la souveraineté et l'information citoyenne.

Gabon : l’économie sans boussole faute de données fiables

Gouverner une économie sans statistiques précises, à jour et ouvertes à tous revient à naviguer à vue. Au Gabon, les publications des services spécialisés offrent un aperçu de certains secteurs, mais restent souvent en deçà des attentes des acteurs économiques, des investisseurs, des chercheurs et des citoyens. Entre indicateurs conjoncturels insuffisamment détaillés, absence de projections solides et difficultés d’accès aux données budgétaires en temps réel, le problème dépasse la simple statistique : il affecte la qualité des décisions publiques et la transparence financière.

La Note de conjoncture sectorielle du quatrième trimestre 2025, rendue publique en mars 2026 par la Direction générale de l’Économie et de la Politique fiscale (DGEPF), met en lumière ces lacunes. Ce document révèle des tendances dans le BTP ou l’exploitation forestière, mais l’usage répété de variations en pourcentage, sans fournir systématiquement les volumes physiques, les montants financiers ou les séries historiques, rend difficile une évaluation précise de l’ampleur des évolutions. Les explications avancées, telles que des « problèmes logistiques » ou des « pannes », éclairent sur les causes immédiates, mais mériteraient d’être complétées par une analyse plus fouillée de leurs répercussions.

Des indicateurs qui doivent mieux éclairer l’économie

Une note de conjoncture n’a certes pas pour vocation de fournir une étude prospective complète. Elle doit néanmoins permettre de comprendre non seulement la direction prise par un secteur, mais aussi les raisons de cette évolution et son importance relative. Une croissance exprimée en pourcentage n’a pas la même signification selon la base de comparaison, les volumes concernés, le chiffre d’affaires généré ou le poids du secteur dans l’économie nationale.

Cette profondeur est cruciale pour les opérateurs économiques. Investir, recruter, emprunter ou anticiper la demande exige des séries de données longues et comparables. Lorsque ces informations sont éparpillées, publiées avec retard ou insuffisamment détaillées, les entreprises doivent se fier à leurs propres estimations pour compléter les données publiques. Le risque est alors que les administrations, les banques, les investisseurs et les opérateurs travaillent avec des visions divergentes de la même économie.

L’exécution budgétaire, un autre angle mort

Le problème devient encore plus aigu lorsqu’il s’agit des finances publiques. La transparence budgétaire ne se limite pas à publier une loi de finances en début d’exercice et à en constater les résultats plusieurs mois après la clôture. Elle implique de pouvoir suivre, en cours d’année, le niveau réel des recettes, des dépenses, des engagements et de l’avancement des politiques publiques.

C’est précisément l’objet des rapports trimestriels d’exécution budgétaire prévus par la législation gabonaise. Leur publication régulière permettrait de comparer les autorisations votées avec les dépenses réellement effectuées et de détecter rapidement les écarts éventuels. Les contrôles a posteriori de la Cour des comptes restent essentiels, mais ils ne sauraient remplacer une information financière disponible en cours d’exercice.

Gouverner avec les chiffres, pas après les chiffres

Cette question revêt une importance particulière à un moment où l’État engage des investissements majeurs, réforme plusieurs administrations et affiche des ambitions de diversification économique. Sans données consolidées sur l’activité, l’emploi, l’investissement, la dette, l’exécution budgétaire ou les performances sectorielles, il devient difficile de juger rapidement si une politique produit les effets escomptés.

La statistique publique doit être considérée comme une infrastructure de gouvernance. Une route permet la circulation des marchandises ; une donnée fiable permet la circulation de la décision entre l’administration, l’entreprise, le Parlement, les partenaires financiers et les citoyens. La qualité de cette infrastructure dépend autant de la méthodologie employée que de la fréquence de publication, de l’harmonisation des séries et de leur accessibilité.

Faire de la transparence économique un outil de crédibilité

Moderniser le système statistique gabonais ne saurait donc se limiter à numériser la collecte ou à acquérir de nouveaux équipements. L’enjeu est aussi d’instaurer une véritable discipline de publication : calendriers annoncés à l’avance, séries historiques disponibles, méthodologies explicitées, données brutes lorsque c’est possible et rapports d’exécution budgétaire régulièrement mis à la disposition du public.

Une telle évolution profiterait d’abord à l’État lui-même. Des données plus solides permettraient de mieux évaluer les politiques publiques, d’identifier les écarts entre objectifs et réalisations et de renforcer la crédibilité économique du pays auprès des investisseurs et des partenaires financiers. Car la question n’est finalement pas seulement de savoir combien de statistiques le Gabon produit, mais si celles-ci permettent réellement de savoir, trimestre après trimestre, où se trouve son économie et dans quelle direction elle se dirige.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes