27 juin 2026

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Gabon : la réforme de l’eau et de l’électricité, un pari pour l’avenir

Face à des années de perturbations dans l’approvisionnement en eau et en électricité, le président gabonais a récemment souligné l’urgence d’une refonte structurelle de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG). Lors de son allocution annuelle devant le Congrès, il a martelé que cette réforme était indispensable pour résoudre durablement les problèmes rencontrés par la population. Cette déclaration résonne comme une reconnaissance des limites du modèle actuel, marqué par des coupures incessantes à travers le pays.

Le projet présidentiel s’articule autour de deux axes majeurs : d’une part, la dissociation de la gestion de l’eau et de celle de l’électricité, et d’autre part, la séparation des activités de production, de distribution et de commercialisation. Cette nouvelle organisation est présentée comme la clé d’une gestion plus efficiente et plus responsable des services essentiels au Gabon.

Le chef de l’État a illustré son propos par un exemple frappant : « Aujourd’hui, une fuite d’eau peut rester non réparée pendant trois mois. Si les revenus du secteur dépendaient directement de la qualité du service de l’eau, les interventions seraient bien plus rapides. » Il a ainsi réfuté l’idée selon laquelle le secteur de l’eau ne pourrait subsister sans les recettes générées par l’électricité.

Les dysfonctionnements actuels sont clairement attribués à une « mauvaise gouvernance » de la société publique. Le président n’a pas hésité à dire la vérité : « Au-delà des problèmes techniques, les délestages continus sont dus au fait que la SEEG ne règle pas ses opérateurs. »

Cependant, la responsabilité est également partagée avec les usagers. Le président a dénoncé « l’incivisme » de certains, citant des pratiques préjudiciables telles que le non-paiement des factures, la dissimulation de compteurs, la fraude, le vol de câbles, le sabotage de transformateurs et les branchements illégaux.

Le constat technique est particulièrement alarmant. Début 2025, Steve Saurel Legnongo, administrateur provisoire de la SEEG, déplorait l’absence d’investissements structurants au cours des vingt dernières années. Paradoxalement, les besoins en consommation énergétique ont presque doublé entre 2010 et 2024, exacerbant la crise.

Les conséquences sont dramatiques pour les habitants : la capitale, Libreville, est soumise à des délestages tournants réguliers, tandis que certaines zones subissent des interruptions d’approvisionnement en eau pendant plusieurs mois.

Interrogés sur cette réforme, les abonnés de la SEEG affichent des sentiments mitigés. Mariam Yama, une abonnée, accueille favorablement la séparation des deux secteurs : « Si l’eau et le courant sont gérés séparément, cela signifie qu’il y aura deux entités dédiées à l’efficacité du service. C’est ce que j’espère. »

Nicole Esso, quant à elle, se montre plus réservée : « Ce n’est pas un problème nouveau. Les coupures d’eau et de courant sont monnaie courante au Gabon. C’est le manque de renouvellement des équipements qui est en cause. Je pense que nous sommes impatients et pessimistes sans raison. Le chef de l’État est à l’œuvre, il faut lui laisser le temps. »

Patrick Ruffin, un militaire à la retraite, insiste sur la nécessité de « revoir la gestion de la SEEG » en pointant du doigt les dérives financières.

Cédric Pango, cadre d’entreprise, émet une mise en garde significative : « Au sein de la SEEG, il est connu que l’activité électrique est plus lucrative que celle de l’eau. Le secteur de l’eau est délaissé, sans investissements. C’est dans ce sens que je comprends la démarche du chef de l’État. Cependant, si nous séparons les deux activités et que le secteur de l’eau n’est pas rentable, nous risquons de faire face à encore plus de difficultés. »

Ces dernières années, des initiatives ont déjà été prises pour « soulager la détresse du peuple gabonais face à cette problématique énergétique ». En février 2025, l’État a signé un accord avec la société turque Karpowership pour la fourniture de 150 mégawatts via deux centrales électriques flottantes destinées au Grand Libreville. Le même mois a vu l’interconnexion des réseaux électriques du Gabon et de la Guinée équatoriale.

Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a pris les rênes du pouvoir en août 2023 avant d’être élu avec 94,85% des voix en avril 2025, le redressement du réseau électrique constitue un enjeu de crédibilité majeur.

La réforme annoncée doit désormais se traduire par des actions concrètes, alors que les habitants de Libreville et de l’ensemble du Gabon attendent des améliorations tangibles.

Entre les défis techniques colossaux, les enjeux financiers complexes et la lutte contre les fraudes, le chantier est immense. Mais pour la population, la question demeure simple : les prochaines semaines marqueront-elles enfin la fin des coupures à répétition, ou s’agira-t-il d’un nouvel épisode dans une crise chronique des services publics ?

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