7 mai 2026

Frappe de drone au Niger : 17 civils tués, un drame qui interroge

Une attaque meurtrière dans le village de Kokoloko

Une frappe de drone militaire a causé la mort d’au moins 17 civils, dont quatre enfants, et blessé 13 autres dans le village de Kokoloko, situé à l’ouest du Niger. Cette opération controversée a également tué trois combattants de l’État islamique au Sahel (EIS), un groupe armé actif dans la région depuis plusieurs années. L’attaque, survenue le 6 janvier 2026, a violé les principes du droit international humanitaire, qui interdit strictement les attaques indiscriminées.

Des témoignages accablants sur les conséquences

Des habitants ont décrit une scène dévastatrice : un drone blanc a survolé Kokoloko à deux reprises avant de larguer une munition sur le marché bondé du village, vers 13h30. Parmi les victimes figuraient principalement des femmes et des enfants, dont les corps ont été retrouvés carbonisés. Un chef religieux de 67 ans a confirmé avoir compté 17 corps, rendant l’identification difficile en raison des brûlures.

Les témoignages recueillis par des organisations non gouvernementales révèlent que trois combattants de l’EIS, sans armes et habillés en civil, se trouvaient sur les lieux au moment de l’attaque. Cependant, leur présence ne justifie en rien le ciblage d’un marché civil, où des centaines de personnes, dont des femmes et des enfants, vaquaient à leurs occupations.

Une enquête urgente réclamée par les experts

Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior pour le Sahel au sein de l’organisation Human Rights Watch, a dénoncé cette frappe qui « a tué et blessé un grand nombre de civils en violation flagrante du droit de la guerre ». Elle a appelé les autorités nigériennes à mener une enquête transparente et à indemniser les victimes et leurs familles.

Malgré des demandes répétées, la junte militaire nigérienne, au pouvoir depuis juillet 2023, n’a pas encore réagi publiquement. Une lettre a été envoyée à la junte pour solliciter des explications, mais aucune réponse n’a été obtenue à ce jour.

Des preuves visuelles et techniques analysées

Des vidéos et images satellites ont permis de confirmer l’ampleur des dégâts. Trois vidéos, diffusées en ligne, montrent des étals du marché en flammes et des zones calcinées. Les données de la NASA FIRMS ont enregistré des incendies actifs à Kokoloko à 13h31, corroborant les témoignages des habitants. Les images satellites du 7 janvier ont révélé des traces de feux supplémentaires, absentes la veille.

Les drones utilisés par l’armée nigérienne pourraient provenir de Turquie, avec des modèles comme le Bayraktar TB-2, le Karayel-SU ou l’Aksungur UCAV, capables d’être équipés de munitions guidées. Cependant, Human Rights Watch n’a pas pu identifier la provenance exacte du drone ou du projectile ayant causé cette tragédie.

Un exode massif après la frappe

Conséquence directe de l’attaque, près de 1 200 habitants de Kokoloko ont fui vers des villages voisins ou vers le Mali. Une femme, ayant perdu sa cousine et son neveu dans l’attaque, a raconté avoir passé sa première nuit dans un village proche avant de traverser la frontière avec seulement quelques affaires. Les listes établies par les habitants confirment le bilan : 11 femmes, 2 hommes et 4 enfants tués, ainsi que 13 blessés, dont 7 hommes, 4 femmes et 2 adolescents.

Un contexte sécuritaire toujours plus tendu

La région de Tillabéri, où se situe Kokoloko, est l’une des plus touchées par les violences dans le centre du Sahel. Selon l’Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED), cette zone a enregistré en 2025 le plus grand nombre de victimes civiles dans la région, attribuées à l’EIS, à l’armée nigérienne et au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Cette frappe s’ajoute à d’autres incidents similaires, comme celui de septembre 2025, où une frappe aérienne sur un marché à Injar a causé la mort de plus de 30 civils. En janvier 2024, des frappes de drones avaient également tué plusieurs civils dans le village de Tiawa.

Appel à une réponse internationale

Ilaria Allegrozzi a conclu en exhortant les pays soutenant l’armée nigérienne à faire pression pour que des mesures de protection des civils soient mises en place. Elle a également souligné l’obligation du gouvernement nigérien de fournir une assistance aux victimes et de leur verser des indemnités équitables.

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