Énergie en afrique : comment Cotonou compte faire de l’électricité un moteur économique durable ?

Lire à voix hauteEnviron 6 min

Cotonou abrite jusqu’au 30 octobre 2026 une rencontre d’envergure continentale : le 12ᵉ Sommet des think tanks africains (#ATTS2026). L’enjeu ? Transformer l’accès à l’électricité en un levier concret de croissance, d’industrialisation et de compétitivité pour les économies africaines. Au-delà des chiffres de raccordement, les discussions se concentrent sur la fiabilité, le coût et l’adéquation des systèmes énergétiques aux besoins réels des entreprises et des populations. Une ambition qui pourrait redéfinir la trajectoire économique du continent.

Un sommet historique pour un secteur en pleine mutation

Du 28 au 30 octobre, la capitale béninoise devient le théâtre d’un dialogue inédit entre décideurs politiques, experts et partenaires internationaux. L’objectif affiché ? Repenser la gouvernance énergétique africaine pour en faire un accélérateur de développement. Organisé par la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), en partenariat avec les autorités béninoises et la Commission de l’Union africaine, cet événement rassemble les acteurs clés du secteur.

Le thème central, « De l’accès à l’énergie à la transformation économique », illustre une volonté de dépasser la logique de raccordement pour s’intéresser aux retombées tangibles : productivité accrue, création d’emplois et résilience économique. Un pari audacieux dans un contexte où l’instabilité des réseaux et le manque de visibilité tarifaire freinent encore les investissements.

L’énergie, un carburant pour l’industrialisation africaine

L’accès à l’électricité ne suffit pas. Pour catalyser une véritable transformation économique, l’énergie doit répondre à trois impératifs :

  • Disponibilité : des réseaux stables, sans coupures intempestives, capables de soutenir les chaînes de production;
  • Accessibilité : des tarifs maîtrisés pour ne pas étouffer la compétitivité des entreprises;
  • Adéquation : une offre adaptée aux besoins sectoriels, notamment pour l’industrie et l’agroalimentaire.

Les participants au sommet explorent ainsi des solutions pour intégrer l’énergie dans les stratégies industrielles nationales. L’exemple béninois, souvent cité pour ses avancées en matière d’électrification rurale, pourrait servir de modèle. Mais le défi reste de taille : concilier viabilité financière, efficacité technique et équité sociale.

Les villes africaines, premières bénéficiaires des réformes

Le maire de Cotonou, Luc Gnacadja, a rappelé lors de l’ouverture l’importance cruciale de l’électricité dans le quotidien urbain. Écoles, hôpitaux, commerces et industries dépendent d’un réseau fiable. Les collectivités locales sont en première ligne pour adapter les politiques énergétiques aux réalités territoriales, en ciblant notamment les zones économiques informelles et les PME.

Une approche géographique qui pourrait inspirer d’autres métropoles africaines. À Lomé, Dakar ou Nairobi, les municipalités cherchent déjà à intégrer l’énergie dans leurs plans de développement urbain, en collaboration avec les opérateurs privés et les bailleurs de fonds.

Financement et gouvernance : les deux piliers du succès

Mamadou Biteye, secrétaire exécutif de l’ACBF, a mis en lumière un paradoxe africain : des ressources naturelles abondantes, mais des systèmes énergétiques souvent défaillants. Pour inverser la tendance, il plaide pour :

  • Un renforcement des capacités institutionnelles : des régulateurs indépendants, des cadres légaux clairs et des compétences locales pour piloter les réformes;
  • Des modèles de financement innovants : partenariats public-privé, fonds dédiés et mécanismes de garantie pour attirer les investisseurs;
  • Une coordination renforcée entre États, opérateurs et partenaires au développement pour éviter les chevauchements et maximiser l’impact.

La Banque africaine de développement (BAD) et d’autres institutions financières jouent un rôle clé dans ce processus. Leurs engagements visent à sécuriser les investissements tout en garantissant un retour sur investissement pour les populations.

Des engagements concrets pour une énergie utile

Les travaux du sommet s’articulent autour de trois axes prioritaires :

  1. Mesurer l’impact économique de l’électricité : non plus en kilomètres de câbles posés, mais en emplois créés ou en augmentation du PIB local;
  2. Simplifier les procédures administratives pour accélérer les projets d’infrastructures;
  3. Intégrer les communautés locales dans la planification énergétique, via des tarifs sociaux ou des programmes d’électrification décentralisée.

Luc Gnacadja a souligné l’urgence de passer de l’intention à l’action : « L’énergie doit être un droit, mais aussi un outil de développement. Nous n’avons plus le luxe de gaspiller des années à discuter sans résultats concrets. »

Et après Cotonou ? La feuille de route énergétique africaine

Les conclusions du sommet devraient nourrir les débats de la prochaine conférence des chefs d’État sur l’industrialisation africaine, prévue en 2027. Les pistes évoquées pourraient se traduire par :

  • Un plan continental de modernisation des réseaux, avec des objectifs chiffrés par pays;
  • La création d’un fonds africain dédié à l’énergie productive;
  • L’harmonisation des régulations pour faciliter les échanges transfrontaliers d’électricité.

L’enjeu dépasse désormais la simple électrification. Il s’agit de faire de l’énergie un levier de souveraineté économique, capable de réduire la dépendance aux importations et de positionner l’Afrique comme un acteur clé de la transition mondiale.

Cotonou, par son rôle de catalyseur, pourrait bien écrire une nouvelle page de l’histoire énergétique africaine. À condition que les promesses de ce sommet se transforment, d’ici 2027, en réalisations tangibles pour les 54 pays du continent.

Flux de la rubriqueRecevez les nouveaux articles dans votre lecteur de flux préféré