31 août 2026

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Dette du Sénégal : comment la note Caa2 de Moody’s change la donne financière

Une dégradation qui pèse sur la crédibilité du Sénégal

L’agence Moody’s Ratings a annoncé, lors d’un communiqué rendu public récemment, une nouvelle baisse de la note souveraine du Sénégal, désormais fixée à Caa2 contre Caa1 auparavant. Cette notation, assortie d’une perspective maintenue à négative, concerne les émissions à long terme en devises étrangères et en monnaie locale, ainsi que les dettes non sécurisées en devises étrangères. La note à court terme reste, quant à elle, à Not Prime.

Cette décision intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par la présence d’une mission du FMI à Dakar pour négocier un nouveau programme d’aide financière. Un dossier qui avait été suspendu après l’échec du précédent accord en novembre 2025, le gouvernement ayant refusé d’envisager une restructuration de la dette.

Des spreads souverains comparables à ceux du Venezuela et du Liban

La dégradation de la note du Sénégal reflète une méfiance accrue des marchés. Selon une analyse d’Oxford Economics, les spreads souverains sénégalais ont atteint des niveaux comparables à ceux du Venezuela et du Liban, deux pays souvent associés à des risques de défaut de paiement. Entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds sénégalais ont perdu près de 20 % de leur valeur, tandis que les spreads de rendement ont doublé, passant de 800 à 1 500 points de base. L’Eurobond à échéance 2048 s’échangeait alors à 51 centimes pour un euro, soit une décote de 49 %, tandis que celui à échéance 2028 affichait une décote supérieure à 30 % dès mars 2026.

Des finances publiques sous haute tension

Les risques budgétaires se précisent. Moody’s souligne que le Sénégal doit faire face à des besoins de financement bruts représentant environ 25 % du PIB. Le remboursement annuel du principal seul équivaut à 18 % du PIB, tandis que les intérêts de la dette sont passés de 16,1 % à 23,7 % des revenus de l’État entre 2023 et 2026. La dette publique totale, y compris celle des entreprises publiques, est estimée à près de 108 % du PIB, un chiffre à mettre en regard des 132 % du PIB estimés par le FMI pour fin 2024, après la révélation d’une partie de la « dette cachée » sous l’administration précédente.

Les tensions se manifestent aussi sur le marché régional. Lors des adjudications de la UEMOA en décembre 2025, seuls 35 milliards de FCFA sur les 95 milliards proposés ont été levés, avec une hausse de 158 points de base du rendement moyen pondéré en un mois. Ce repli illustre l’essoufflement du marché régional, autrefois perçu comme un filet de sécurité pour le Sénégal.

Des échéances financières qui pèsent sur l’État

Les défis concrets s’accumulent pour l’État. En mars 2026, Dakar a dû mobiliser près de 485 millions de dollars, dont 394 millions pour le principal, afin d’honorer une tranche d’un Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018. Cette opération a nécessité le recours aux banques locales, faute d’accès aisé au marché international. Le FMI avait, pour sa part, gelé un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars après le désaccord sur la restructuration.

Les échéances à venir en 2026, identifiées comme un pic de remboursements pour l’Afrique subsaharienne par la Banque mondiale, rendent le refinancement des dettes encore plus onéreux. Moody’s a également abaissé les plafonds pays du Sénégal, de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères. L’agence relie cette décision aux tensions institutionnelles persistantes, notamment le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, qui ont exacerbé les frictions entre l’exécutif et le législatif.

Un filet de sécurité en place, mais fragile

Malgré ce tableau sombre, un élément tempère partiellement les craintes : l’appartenance du Sénégal à l’UEMOA. Le rattachement du franc CFA à l’euro et les réserves de change régionales, estimées à près de 38 milliards de dollars fin mai 2026, limitent les risques de crise de change ou de balance des paiements. Cependant, la pression sur les finances publiques reste entière et ne saurait être sous-estimée.

Il s’agit de la troisième dégradation de la note du Sénégal en un peu plus d’un an. Après un premier abaissement de B3 à Caa1 en octobre 2025, contesté par le ministère des Finances, et une dégradation similaire de S&P en début d’année, le pays aborde les dernières négociations avec le FMI dans une situation financière bien plus fragile qu’il y a douze mois.

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