4 juin 2026

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Csm Cameroun : un décret pour relancer la justice après six ans de blocage ?

Le CSM camerounais enfin relancé ? Un décret présidentiel après six ans d’inactivité

Le 2 juin 2026, des années de silence judiciaire ont pris fin. Le président camerounais a signé un décret renouvelant les membres du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), une institution paralysée depuis près de six ans. Pourtant, ce texte administratif, bien que nécessaire, ne garantit pas à lui seul le retour à la normale d’un organe aux responsabilités fondamentales pour la carrière des juges et l’indépendance de la justice.

Six années sans réunion. Six années sans décision. Six années d’immobilisme institutionnel. Pendant ce temps, des centaines de dossiers sont restés en suspens : intégrations de magistrats en attente, promotions bloquées, procédures disciplinaires jamais abouties. Les couloirs des palais de justice camerounais gardent la trace de cette léthargie, où l’inactivité a remplacé l’exercice des missions constitutionnelles.

Le décret du 2 juin 2026 met officiellement fin à cette période sombre. Mais il soulève une question cruciale : un simple acte administratif suffit-il à ranimer une institution dont les rouages se sont grippés pendant des années ?

Un renouvellement partiel, une continuité assumée

Par ce décret présidentiel, dix des quatorze membres titulaires du CSM ont été reconduits dans leurs fonctions. Seuls quatre postes ont été modifiés, dont celui d’Ali Mamouda, remplacé par Goni Mariam, passée du statut de suppléante à titulaire. Côté remplaçants, quatre nouveaux visages font leur entrée : Alioum Fadil, Donald Malomba Esembe, Sockeng Roger et Sali Dairou. Cette refonte, à la marge, reflète une volonté de stabilité plutôt que de rupture, sans signal clair en faveur d’une réforme structurelle.

Pourtant, l’enjeu dépasse la composition du Conseil. Le CSM, présidé par le chef de l’État, est bien plus qu’un simple organe administratif : il incarne, en théorie, le garant de l’indépendance des magistrats camerounais. Ses missions ? Donner son avis sur les nominations, promotions, affectations et sanctions des juges. En pratique, depuis 2020, ses sessions sont devenues une rareté, laissant place à un vide juridique et administratif.

Une paralysie aux conséquences lourdes

La chronologie de cette crise est révélatrice. En 2020, les dernières réunions significatives du CSM ont eu lieu, peu avant la crise sanitaire mondiale. Depuis, le silence s’est installé, transformant l’institution en coquille vide. Les dossiers se sont accumulés : promotions de magistrats en attente, affectations en suspens, procédures disciplinaires en souffrance. Certains magistrats attendent depuis des années une décision sur leur situation administrative, tandis que d’autres voient leur carrière stagner.

En 2025, l’expiration des mandats des membres a plongé le Conseil dans une incertitude juridique croissante. Aucun renouvellement n’a été opéré avant le décret de 2026, confirmant une inertie institutionnelle devenue intolérable. Le 2 juin, le président camerounais a enfin agi. Mais les dossiers en attente, eux, n’ont toujours pas bougé.

Un décret nécessaire, mais insuffisant

Le texte publié le 2 juin 2026 est un acte administratif indispensable. Pourtant, il est révélateur autant par ce qu’il contient que par ce qu’il omet. Il annonce la nouvelle composition du CSM, mais reste muet sur trois points essentiels : la date de la prochaine session, les modalités de traitement des dossiers accumulés, et les garanties contre une nouvelle paralysie.

Aucune communication officielle n’a évoqué un calendrier de travail ou une réunion imminente. Cette omission est symptomatique : le problème du CSM n’était pas seulement l’expiration des mandats, mais bien l’absence totale de fonctionnement. Et ces deux problèmes nécessitent des solutions radicalement différentes.

Un révélateur des faiblesses de la gouvernance judiciaire

Au-delà du cas du CSM, cette situation met en lumière un dysfonctionnement structurel bien documenté : la dépendance de certaines institutions camerounaises à la volonté du pouvoir exécutif pour leur simple animation. Quand une instance, dont le président est le chef de l’État, cesse de se réunir, ce n’est pas une simple anomalie technique. C’est le signe d’un dysfonctionnement profond, aux conséquences concrètes : des carrières bloquées, des dossiers non traités, des justiciables en attente.

L’indépendance de la magistrature repose sur des institutions qui fonctionnent de manière régulière, transparente et prévisible. Un organe dont les sessions dépendent du bon vouloir de l’agenda présidentiel ne peut remplir sa mission de manière crédible. La justice camerounaise mérite mieux qu’une institution fantôme.

Le vrai défi : passer des actes aux actions

Le décret du 2 juin 2026 marque, au minimum, une reconnaissance officielle que la situation ne pouvait plus durer. Mais il ne suffira pas à satisfaire les attentes des magistrats, des justiciables et des observateurs. Ces derniers attendent des preuves concrètes : des sessions effectives, l’examen des promotions bloquées, le traitement des procédures disciplinaires en souffrance.

Le véritable test ne sera pas la publication d’un texte au Journal Officiel. Il sera la date de la prochaine session du CSM. Car une institution ne renaît pas par décret. Elle renaît par son action. Et c’est cette action que les Camerounais attendent désormais, avec impatience.

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