Crise au pastef : sonko face aux dissidents du pouvoir
Le Pastef à l’épreuve de la division : entre fidélité et stratégie
La récente éviction d’Ousmane Sonko de la Primature et la refonte du gouvernement ont marqué un tournant dans l’histoire du Pastef-Les Patriotes. Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 2024, le parti au sommet de l’État doit faire face à une crise interne sans précédent. Des cadres de haut niveau ont choisi de rallier le camp du président Bassirou Diomaye Faye, tandis que d’autres maintiennent leur soutien à Sonko, figure historique du mouvement.
Deux légitimités en confrontation
Cette scission met en lumière un clivage profond entre deux visions du pouvoir. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye, dont l’autorité repose sur la Constitution et les institutions, incarne une légitimité légale-rationnelle. De l’autre, Ousmane Sonko tire sa force de son charisme et de son lien indéfectible avec les militants, une légitimité que les sciences politiques qualifient de « charismatique ».
Les dissidents, majoritairement issus de l’administration ou des rangs du parti, justifient leur départ en arguant que le président Faye est désormais le seul héritier légitime du « Projet » politique porté par le Pastef. Certains dénoncent également une personnalisation excessive du parti autour de Sonko, évoquant un fonctionnement trop centralisé et peu démocratique.
Un ancrage militant qui résiste
Malgré ces remous, le Pastef conserve une base militante solide. Le Congrès du 6 juin, où Sonko a été reconduit à l’unanimité à la tête du parti, ainsi que son rassemblement populaire du 7 juin à la Dakar Arena, ont démontré une mobilisation sans faille. La fusion de plus de soixante partis et mouvements politiques avec le Pastef avant ce congrès renforce encore sa capacité d’influence.
Contrairement aux craintes d’un affaiblissement, les départs concernent surtout des responsables institutionnels, dont la notoriété politique reste liée à Sonko. Leur capital politique est avant tout institutionnel, tandis que celui du parti repose sur des milliers de militants répartis à travers le Sénégal. Cette distinction est cruciale : la perte de quelques élites n’entame pas la vitalité du mouvement, qui reste un parti de masse.
Quel avenir pour le Joxogn de Sonko ?
La question centrale est désormais de savoir si Ousmane Sonko parvient encore à mobiliser les foules. Depuis sa création, le Pastef a connu des succès électoraux historiques : l’élection de maires en 2022, la victoire de Bassirou Diomaye Faye en 2024, et une majorité écrasante à l’Assemblée nationale avec 130 sièges sur 165. Une telle dynamique électorale n’a pas d’équivalent dans l’histoire politique récente du Sénégal.
Cependant, la création annoncée d’un parti présidentiel pourrait fragiliser le Pastef. Les logiques de transhumance politique, où des élus rejoignent le camp majoritaire pour accéder aux ressources de l’État, risquent d’attirer des cadres en quête de stabilité. La coexistence de deux centres de légitimité – l’un institutionnel, l’autre partisan – pourrait alimenter des tensions durables.
Pour l’heure, aucun mouvement massif de départs n’est observable parmi les militants de base. Le parti conserve une identité forte, fondée sur le militantisme, le patriotisme économique et la mobilisation populaire. La vraie épreuve pour Sonko sera de transformer son charisme en une force électorale durable. Si le « Joxogn » garde son aura, le Pastef pourrait non seulement survivre à cette crise, mais aussi redéfinir le paysage politique sénégalais pour les années à venir.