12 juillet 2026

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Crise au nord-kivu : divisions internes et ambitions politiques de l’afc/m23

Crise au Nord-Kivu : divisions internes et ambitions politiques de l’AFC/M23

Dans l’est de la République démocratique du Congo, les tensions au sein de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) s’intensifient, révélant des désaccords profonds sur la stratégie militaire et la gestion des ressources. Selon un rapport des experts des Nations unies, consulté par nos équipes, ces divergences menacent l’unité du mouvement et compliquent les négociations en cours pour une paix durable dans la région.

Un leadership contesté et des ambitions politiques divergentes

Le commandement militaire de l’AFC/M23 reste officiellement sous l’autorité du général Sultani Makenga, bien que sa légitimité soit de plus en plus remise en question au sein même du mouvement. Les experts de l’ONU soulignent que Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), et Bertrand Bisimwa conservent une influence politique majeure au sein de l’organisation. Ces deux figures, soutenues par des factions politiques congolaises, nourriraient des ambitions pour s’emparer du pouvoir à Kinshasa, une stratégie que rejettent une grande partie des dirigeants militaires de l’AFC/M23.

Les désaccords portent notamment sur l’expansion militaire au-delà des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Alors que certains souhaitent une offensive vers la capitale, la majorité des commandants s’opposent à une telle initiative, craignant une escalade incontrôlable des violences et un affaiblissement de leur position.

Rivalités autour des ressources et divisions ethniques

Les tensions internes ne se limitent pas aux questions stratégiques. Le rapport des Nations unies met en lumière des conflits persistants liés à l’accès et à la répartition des ressources naturelles dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23. Des sources citent également des griefs liés à des traitements préférentiels accordés à certains officiers et combattants d’origine tutsi, alimentant des ressentiments au sein du mouvement.

Pour tenter de structurer leur présence militaire, les dirigeants de l’AFC/M23 ont divisé les territoires occupés en trois « zones de défense » :

  • Première zone : dirigée par le général Baudoin Ngaruye, couvrant les territoires de Nyiragongo, Rutshuru et Lubero.
  • Deuxième zone : placée sous le commandement du général de brigade Justin Gacheri Musanga, incluant Masisi et Walikale.
  • Troisième zone : dirigée par le général Innocent Byamungu, couvrant le Sud-Kivu.

Une force militaire de 30 000 combattants, mais une cohésion fragile

L’effectif total de l’AFC/M23 est estimé à environ 30 000 combattants, un chiffre qui inclut :

  • Les membres historiques du CNDP et du M23.
  • Des recrues mobilisées depuis 2021, notamment au sein de la diaspora et des camps de réfugiés au Rwanda.
  • Des éléments issus de promotions récentes des FARDC, de la Police nationale congolaise et des Wazalendo, capturés ou ayant fait défection après la chute de Goma.
  • Des membres de forces de défense locales et de nouvelles unités de police.

Malgré cette force numérique, les experts soulignent que la cohésion du mouvement reste fragile, en raison des rivalités internes et des divergences stratégiques.

Une situation sécuritaire qui se dégrade malgré les accords

Le rapport des Nations unies intervient dans un contexte où la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC continue de se détériorer, en dépit de l’Accord de Washington et des réunions d’évaluation successives. Les tensions persistent entre Kinshasa et Kigali, chacun interprétant différemment les dispositions de cet accord, ce qui rend sa mise en œuvre complexe et difficile, un an après sa signature.

Le processus de Doha, sous l’égide du Qatar, peine également à aboutir. Malgré plusieurs cycles de discussions, les positions de Kinshasa et de l’AFC/M23 restent éloignées sur les principaux points de divergence. La phase de négociations de Montreux, en Suisse, n’a pas permis de relancer efficacement le dialogue, en partie en raison de la détérioration de la situation au Moyen-Orient, qui a relégué ce dossier au second plan.

Les engagements issus de cette phase n’ont pas été pleinement respectés, ralentissant davantage les efforts de médiation et aggravant l’instabilité dans la région.

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