Cameroun : nouveau départ pour le corridor ferroviaire Edéa-Kribi
Le corridor ferroviaire reliant Edéa, Kribi, Lolabé et Campo entre dans une phase décisive ce jour à Yaoundé. L’État camerounais, Africa Global Logistics (AGL) et Camalco, filiale locale de Canyon Resources, officialisent la signature d’un mémorandum d’entente visant à encadrer les négociations autour de cette infrastructure stratégique. La cérémonie, organisée à l’hôtel Starland, sera présidée par le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe. L’ambition affichée : relier le réseau ferré national au port en eau profonde de Kribi et, à terme, faciliter l’exportation des flux miniers.
Un projet ferroviaire au service de la logistique nationale
Ce mémorandum marque bien plus qu’une simple formalité administrative. Il incarne une refonte majeure de la chaîne logistique camerounaise, centrée sur l’articulation entre rail, ports et ressources minières. Le corridor Edéa–Kribi–Campo, intégré depuis des années aux plans d’infrastructures du pays, s’étend sur 184,5 km. Il complète un autre tronçon, Douala–Limbé–Idénau (107 km), pour desserir le Sud du Cameroun et intégrer Lolabé, situé à proximité du port en eau profonde. Dès 2021, les autorités camerounaises avaient lancé des discussions avec des partenaires internationaux pour concrétiser ce projet.
Le futur partenariat public-privé englobera l’ensemble des étapes du projet : études préliminaires, financement, construction, exploitation et maintenance. Aucune décision définitive d’investissement n’est encore arrêtée. Plusieurs incertitudes persistent, notamment sur le tracé exact, le calendrier des travaux, le budget global, la durée de la concession et la date de mise en service. Pour le gouvernement, ce corridor répond à un double objectif : désenclaver le Sud du pays et renforcer la compétitivité des axes d’exportation. Pour AGL, déjà bien implanté dans la logistique portuaire et ferroviaire en Afrique centrale, il s’agit de consolider sa position de leader dans le transport de marchandises.
Kribi, un port en eau profonde au cœur de la stratégie minière
L’importance économique de ce corridor repose en grande partie sur le port de Kribi, seule infrastructure en eau profonde du Cameroun. Pourtant, son potentiel reste limité par l’insuffisance de ses liaisons terrestres, que ce projet ferroviaire pourrait combler. Une telle connexion optimiserait l’articulation entre le port, les zones industrielles voisines et les flux destinés aux marchés internationaux. Kribi pourrait ainsi absorber des volumes que Douala, en raison de l’étroitesse de l’estuaire du Wouri, ne peut traiter dans des conditions nautiques optimales.
L’implication de Camalco apporte une dimension minière majeure à ce projet. La société est à l’origine du projet de bauxite de Minim Martap, dans la région de l’Adamaoua, considéré comme l’un des plus importants gisements au monde. Selon les estimations de Canyon Resources, les réserves prouvées s’élèvent à 144 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 51,2 % en alumine et 1,7 % en silice. Le potentiel total du gisement atteint 1,102 milliard de tonnes. Ces ressources colossales nécessitent une chaîne logistique robuste, intégrant mines, voies ferrées, terminaux de stockage et navires minéraliers.
Camalco sécurise sa chaîne d’évacuation minière
À court terme, Canyon Resources privilégie encore le schéma logistique centré sur Douala. Pour sécuriser ce maillon, Camalco a investi 9,852 milliards de FCFA afin d’augmenter sa participation dans Camrail, l’opérateur du réseau ferroviaire, passant de 9,1 % à 26,9 %. La filiale a également injecté 347,447 millions de FCFA dans Terminal Bois du Port de Douala S.A. Les préparatifs se poursuivent parallèlement sur l’Inland Rail Facility et les infrastructures portuaires. Les premières locomotives sont attendues pour fin 2026, suivies des wagons en juillet. La première expédition de bauxite est prévue pour la fin du troisième trimestre 2026.
Cependant, les contraintes nautiques de Douala alourdissent les coûts unitaires pour des flux miniers massifs. Le corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo offrirait, à moyen terme, une alternative directe vers un port en eau profonde, réduisant la dépendance à l’actuel schéma logistique. Pour le Cameroun, ce projet représente une opportunité unique de combiner désenclavement régional, valorisation des ressources naturelles et positionnement renforcé de Kribi comme hub d’exportation.
Plusieurs incertitudes techniques et financières subsistent. Le mémorandum ne précise ni le coût total de l’investissement, ni la répartition des risques entre les partenaires, ni les impacts fonciers et environnementaux du tracé. Ces éléments seront déterminants pour séduire les bailleurs internationaux et garantir la viabilité économique du projet. La signature de Yaoundé relance néanmoins ce corridor parmi les grands chantiers structurants du pays, esquissant une future architecture logistique unifiée.