15 juillet 2026

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Cameroun : financements bad de 292 milliards menacés d’annulation

Lors de la revue conjointe du portefeuille organisée à Yaoundé, une alerte majeure a été lancée concernant le Cameroun. Sept projets approuvés par la Banque africaine de développement (BAD), représentant un montant total de 373,419 millions d’unités de compte (soit environ 292 milliards de francs CFA), sont désormais exposés à un risque d’annulation. La cause principale n’est pas un manque de ressources, mais bien des lenteurs administratives qui paralysent la mise en œuvre concrète de ces initiatives.

Il s’agit de financements validés par la BAD sous forme de prêts et de dons, mais dont les accords n’ont jamais été signés dans les délais impartis ou pour lesquels aucun décaissement n’a été engagé malgré leur formalisation juridique. Six dossiers entrent dans la première catégorie, tandis qu’un septième concerne un projet bloqué malgré la signature de l’accord. Ensemble, ces enveloppes représentent 339,419 millions d’UC, soit près de 265 milliards de francs CFA.

la route ngoura-yokadouma, un projet phare en sursis

Un projet se distingue par son ampleur et son retard : le Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers, dédié à la rénovation de la route Ngoura-Yokadouma dans la région de l’Est. Ce chantier, qui mobilise à lui seul 265,4 millions d’UC (environ 207 milliards de francs CFA), concentre plus de 71 % des fonds menacés d’annulation. Approuvé le 18 février 2026, il attendait toujours la signature de l’accord de prêt lors de la revue.

Cinq autres initiatives partagent le même destin. Parmi elles figurent le Projet d’appui à l’Université panafricaine (phase 2), doté de 3,64 millions d’UC et validé en décembre 2024, ainsi que l’étude d’aménagement hydroélectrique de Minkouma sur le fleuve Sanaga (2,994 millions d’UC). S’ajoutent à cette liste le projet d’études de la cité universitaire CUA-Y2 (2,320 millions d’UC) et le programme PROSTABLT de prévention des risques au lac Tchad (5,095 millions d’UC).

Un dernier dossier, de portée régionale, complète ce tableau : le projet de facilitation du transport et du commerce, incluant la construction d’un pont sur le fleuve Ntem à la frontière avec la Guinée équatoriale. Approuvé en novembre 2023, il combine un prêt BAD de 39,97 millions d’UC et un prêt FAD de 20 millions d’UC.

parzik2 : un accord signé, mais aucun décaissement en quinze mois

Le cas du Projet d’aménagement des routes de désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi, deuxième phase (PARZIK2), illustre une autre forme de blocage. Bien que l’accord ait été signé, aucun décaissement n’a été enregistré sur les 34 millions d’UC alloués (soit environ 26,54 milliards de francs CFA) en plus de quinze mois. Kribi, clé de voûte de la stratégie industrielle et portuaire du Cameroun, se trouve ainsi dans une situation critique.

des délais d’exécution deux fois supérieurs aux normes

Les chiffres présentés lors de la revue révèlent un dysfonctionnement structurel : le délai moyen entre l’approbation d’un financement et la signature de l’accord atteint douze mois, alors que la BAD fixe un standard de trois mois. Ensuite, seize mois en moyenne sont nécessaires pour l’entrée en vigueur des projets, contre cinq mois attendus. Le premier décaissement intervient après vingt et un mois, alors que l’objectif est fixé à douze mois. Résultat : près de deux années s’écoulent avant que les premiers fonds ne soient mobilisés sur le terrain.

Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a souligné l’urgence de la situation. Il a pointé du doigt les lacunes dans la préparation des projets, les retards dans les appels d’offres, l’insuffisance des unités de gestion et le retard dans la mobilisation des fonds de contrepartie, que l’État doit fournir en complément des ressources extérieures. Ces dysfonctionnements alourdissent les coûts et sapent la crédibilité du Cameroun auprès de ses partenaires financiers.

Depuis son premier engagement au Cameroun en 1972, la BAD y a injecté 130 prêts et dons, pour un total estimé à 3 345 milliards de francs CFA. Le programme 2023-2028 prévoit onze nouvelles opérations pour un montant approuvé de 833,8 milliards de francs CFA. Cependant, la conversion de ces engagements en réalisations concrètes reste le principal défi de la coopération financière entre Yaoundé et l’institution panafricaine.

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