Burkina Faso : la peine de mort, une arme fatale pour écarter un rival politique

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Un arsenal juridique taillé sur mesure pour éliminer Damiba

Avec l’adoption à l’unanimité par l’Assemblée législative de transition du rétablissement de la peine de mort dans le Code pénal burkinabè, le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré franchit une étape cruciale dans sa stratégie d’affirmation autoritaire. Sous la devise « Le sentimentalisme, c’est fini », cette réintroduction s’affiche comme une mesure de fermeté nationale. Pourtant, derrière ce discours de souveraineté, nombreux sont ceux qui y voient un instrument politique conçu pour neutraliser définitivement ses opposants, avec au cœur de la cible : le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Pourquoi Damiba est-il la cible principale de cette réforme pénale ?

Accusé de « haute trahison » et de complot contre la sûreté de l’État, l’ancien chef de l’État de transition, Paul-Henri Damiba, incarne l’ennemi public numéro un du régime actuel. L’adoption de cette réforme n’est pas un hasard : en réinstaurant la peine capitale, le pouvoir d’Ibrahim Traoré se donne les moyens légaux d’exiger la mort lors de son futur procès. En supprimant toute possibilité de grâce ou d’indulgence « au nom du refus du sentimentalisme », le régime envoie un message clair : Damiba devra payer le prix fort.

Quand la justice se transforme en instrument de vengeance

Le paradoxe est saisissant : Damiba, jadis célébré pour son « sursaut patriotique » après le renversement de Roch Marc Christian Kaboré en janvier 2022, est aujourd’hui menacé de la peine de mort par ceux-là mêmes qui ont partagé ses méthodes. Une ironie cruelle qui illustre la nature cyclique des coups d’État au Burkina Faso :

  • Même jeu, même illégitimité : En janvier 2022, Damiba destituait Kaboré par les armes pour « libérer le pays ». En septembre 2022, Traoré lui appliquait exactement le même sort, renversant Damiba à son tour.
  • Des mots qui changent de sens : Ce qui était autrefois qualifié de « libération patriotique » est aujourd’hui requalifié en « haute trahison » punissable de mort.

Un cercle vicieux sans issue : la vengeance politique comme piège

En brandissant la peine capitale pour régler des comptes au sommet de l’État, le régime d’Ibrahim Traoré s’enferme dans une logique périlleuse. Cette approche ne fait qu’alimenter un cycle sans fin de vengeance, alimentant l’instabilité et la défiance au sein de l’armée et de la population. L’histoire des transitions militaires au Burkina Faso rappelle une vérité implacable : ceux qui manient aujourd’hui l’épée de la justice contre leurs prédécesseurs risquent d’en devenir les victimes demain.

Quel avenir pour le Burkina Faso après ce nouveau durcissement ?

Le rétablissement de la peine de mort marque un tournant dans l’histoire récente du pays. Dès lors, la question se pose : cette réforme va-t-elle stabiliser le régime ou, au contraire, accentuer les fractures internes et précipiter une nouvelle crise ? Une chose est sûre : au Burkina Faso, où les putschs se succèdent, la justice ne semble plus être un rempart contre l’arbitraire, mais un outil de domination. Le message est clair : la réconciliation passe désormais par la peur.

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