Bénin et Togo : vers une autonomie énergétique face aux crises régionales
Dans un contexte marqué par des ruptures répétées d’approvisionnement énergétique, le Bénin et le Togo unissent leurs forces pour briser le cycle de la dépendance. Face aux pannes récurrentes des infrastructures extérieures, les deux nations africaines misent sur une collaboration renforcée pour sécuriser leur avenir industriel et économique.
L’incendie d’avril 2025 de la centrale d’Akosombo au Ghana, privant la région de 1 000 mégawatts, a rappelé brutalement la fragilité des réseaux interconnectés. Dès le lendemain, le Togo et le Bénin subissaient des coupures massives, illustrant une fois de plus la précarité d’une dépendance aux fournisseurs étrangers. En période de crise, chaque État priorise naturellement ses propres besoins, laissant les partenaires régionaux en difficulté.
Les défaillances du Gazoduc ouest-africain en 2024 avaient déjà contraint le Togo à mobiliser 31 milliards de francs CFA en urgence pour pallier l’absence de livraisons de gaz en provenance du Nigeria. Ces incidents successifs révèlent les limites d’une stratégie énergétique centrée sur des alliances extérieures, sans assise locale suffisante.
Adjarala : un projet phare pour l’indépendance électrique
L’urgence n’est plus seulement technique, elle est devenue politique. La solution passe désormais par le barrage hydroélectrique d’Adjarala, situé sur le fleuve Mono. Ce projet, estimé à 266 milliards de francs CFA, vise à produire 147 mégawatts d’électricité, offrant une visibilité énergétique sur trente ans. Au-delà de l’électricité, le barrage permettra l’irrigation de 14 700 hectares de terres agricoles au Togo, renforçant ainsi la sécurité alimentaire de la région.
Pour le Bénin, cette collaboration est stratégique. Les zones industrielles comme Glo-Djigbé, où plus d’un milliard de dollars est investi dans la transformation du coton et du cajou, ne peuvent plus dépendre des aléas énergétiques extérieurs. De même, la plateforme d’Adétikopé au Togo nécessite une alimentation électrique stable pour attirer les investissements. Ensemble, les deux pays entendent créer un marché énergétique unifié, capable de rivaliser avec les investisseurs internationaux.
Financer l’avenir par l’épargne locale
Avec le retrait progressif des bailleurs de fonds internationaux des projets liés aux énergies fossiles, le Bénin et le Togo explorent des alternatives innovantes pour financer leur transition énergétique. Leur stratégie repose sur la mobilisation de l’épargne locale, notamment via les Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et les compagnies d’assurances, qui disposent de réserves financières importantes. Ces fonds, actuellement placés sur des titres publics à court terme, pourraient être réorientés vers des obligations énergétiques communes, garanties par les deux États. Cette approche permettrait de transformer l’épargne sociale en un levier puissant pour le développement des infrastructures régionales.
Un tournant politique historique
La visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Lomé, en juin 2026, a marqué un jalon décisif dans cette dynamique. Le communiqué conjoint signé à cette occasion formalise une alliance économique et infrastructurelle sans précédent. Les deux dirigeants ont acté des objectifs ambitieux : le Bénin s’engage à injecter 100 mégawatts supplémentaires tous les deux ans, tandis que le Togo vise l’électrification totale de son territoire d’ici 2030. Cet alignement politique crée une opportunité unique pour concrétiser enfin une autonomie énergétique partagée, au service d’une croissance durable et inclusive.