Avocats marocains en grève permanente contre la réforme du statut juridique
Les avocats marocains maintiennent leur sit-in devant le Parlement pour exiger le retrait d’un projet de loi controversé
Depuis plusieurs jours, les rues de Rabat résonnent des revendications des avocats marocains. Rassemblés en un mouvement de grève illimitée, les professionnels du droit, reconnaissables à leurs brassards rouges noués autour du bras, ont de nouveau investi l’espace devant le Parlement ce lundi 6 juillet 2026. Leur détermination reste intacte : ils exigent le retrait pur et simple du projet de loi qui encadre leur profession, qu’ils jugent porteur d’un recul démocratique.
Une réforme perçue comme une menace pour l’indépendance de la profession
Les avocats marocains dénoncent avec véhémence les dispositions du texte, qu’ils estiment attaquer leur indépendance. Parmi leurs principales critiques :
- L’influence accrue du parquet général et du ministère de la Justice sur leur discipline professionnelle, via un régime disciplinaire jugé trop contraignant.
- Le transfert des prérogatives en matière de formation des futurs avocats vers le ministère de la Justice, une mesure perçue comme une ingérence directe dans leur autonomie.
- L’abaissement de l’âge minimal pour se présenter au concours de qualification, une réforme qu’ils qualifient de précipité et inadapté aux enjeux de la profession.
Des propos alarmants de la part des représentants de la profession
Lors d’un rassemblement précédent devant le Parlement, les porte-parole de l’Association des barreaux du Maroc avaient prévenu : « La bataille ne fait que commencer ». Une déclaration qui résume l’état d’esprit des manifestants, déterminés à intensifier leur mouvement jusqu’à ce que le texte soit abandonné.
Aziz Rouibah, bâtonnier de Rabat, a alerté sur les conséquences de cette réforme. Dans une déclaration percutante, il a affirmé : « Nous sommes menacés dans notre existence même ». Pour lui, certains acteurs politiques chercheraient à « symboliquement enterrer cette profession ». Il a appelé à une résistance unie face à ce qu’il qualifie d’« offensive législative féroce ».
Un appel à la responsabilité des parlementaires
Me Mounir Belghiti, membre du Conseil de l’Ordre des avocats de Rabat, a qualifié le rassemblement actuel de « dernier avertissement » adressé aux législateurs. Selon lui, toute future législation doit être inspirée par l’intérêt général et non par des « rancœurs personnelles ».
Le juriste a mis en garde contre une crise de confiance : « Si nous laissons place à des lois conçues sur mesure pour des situations exceptionnelles, c’est un pilier de la démocratie qui s’effritera ». Son plaidoyer repose sur l’idée que la loi doit servir l’équilibre et la stabilité, et non fragiliser les institutions.
Un texte en débat qui pourrait être amendé
Les débats autour de ce projet de loi se poursuivent à la Chambre des conseillers. Si des modifications sont apportées, le texte sera renvoyé à la Commission de la justice de la Chambre des représentants pour une lecture complémentaire.
Un impact concret sur le quotidien judiciaire
En parallèle des protestations, les tribunaux du Maroc subissent les conséquences de cette grève illimitée. Les audiences sont reportées en masse, plongeant les justiciables dans une incertitude prolongée. Cette situation touche particulièrement les personnes en détention préventive, dont les procédures judiciaires sont suspendues depuis près d’un mois.
L’Association des barreaux du Maroc, fer de lance de la mobilisation
L’Association des barreaux du Maroc, ou Association nationale des barreaux du Maroc, incarne la voix unifiée de tous les ordres d’avocats du Royaume. C’est cette structure qui coordonne la mobilisation et porte les revendications des professionnels du droit auprès des instances politiques.