24 juin 2026

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Audit de la soraz : le ministre tini accusé de conflit d’intérêts

Dix-huit mois après le coup d’État du 26 juillet 2023 à Niamey, les promesses de « Refondation » et de rupture radicale se heurtent à la réalité de la gestion pétrolière. Au sommet du pouvoir, le nouveau ministre du Pétrole, Hamadou Tini, est accusé de cumuler des fonctions contraires à la déontologie. Ancien cadre du cabinet Mazars, il utilise désormais son autorité publique pour relancer les contrats de sa structure privée, exigeant un accès total aux secrets de la SORAZ. Plongée au cœur d’un conflit d’intérêts où l’audit financier devient une arme de purge et d’enrichissement personnel.

De la rupture affichée au retour des réseaux d’influence

Au lendemain de leur prise de pouvoir, les militaires du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) avaient fait de la souveraineté économique leur cheval de bataille. La cible prioritaire était claire : la gestion des ressources pétrolières, notamment la Société de raffinage de Zinder (SORAZ). Sur la télévision d’État, la propagande dénonçait alors le système démocratique déchu et ses « complices » internationaux.

Parmi ces derniers, le cabinet international Mazars, partenaire de l’État nigérien depuis une décennie, avait été récusé bruyamment. Accusé par le nouveau régime – et par les partenaires chinois de China National Petroleum Corporation (CNPC) – de produire des audits biaisés, Mazars semblait définitivement banni du paysage économique nigérien. La ligne officielle était inflexible : Niamey devait recruter un cabinet neutre, indépendant et sans soupçon pour inspecter la SORAZ.

Pourtant, en coulisses, les réseaux d’influence ont vite refroidi l’enthousiasme populaire. Grâce à d’intenses manœuvres de lobbying, un cadre clé de Mazars s’est glissé au cœur de l’appareil d’État. En janvier 2026, sous la protection directe du Général Mody, l’expert-comptable Hamadou Tini est propulsé à la tête du ministère du Pétrole. Une nomination qui marque le retour en force du cabinet qu’il servait encore peu de temps auparavant.

Le ministre Tini : client, prestataire et payeur

À peine installé, Hamadou Tini a appliqué la maxime « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Usant de son autorité, il a immédiatement remis à l’ordre du jour l’audit financier et de gestion de la SORAZ. Mais avec une condition non négociable : cette mission stratégique doit être confiée à son propre cabinet, Mazars, officiellement pour « finaliser son travail et être payé ».

Cette réactivation contractuelle pousse le conflit d’intérêts à un niveau rarement atteint. Le ministre se retrouve simultanément client qui ordonne l’audit au nom de l’État nigérien, prestataire via Mazars, destinataire des rapports, et signataire unique des chèques publics rémunérant la prestation.

Ce cumul des rôles prive l’État de toute garantie d’indépendance. Comment un cabinet peut-il auditer une entreprise publique de manière objective quand son ancien cadre dirigeant est le ministre de tutelle ?

L’oukase ministériel : la quête des documents confidentiels

Le coup de force ne s’arrête pas aux contrats. Face à une transition incertaine, le temps presse pour le clan Tini. Le ministre vient de lancer un véritable oukase à la direction de la SORAZ.

Par une directive ministérielle, Hamadou Tini exige la transmission à Mazars, « sans délai ni restriction, de l’intégralité des documents financiers, comptables, techniques et opérationnels, sous huitaine ». Il s’agit des données stratégiques et confidentielles que la raffinerie et les partenaires chinois lui refusaient auparavant pour protéger le secret des affaires.

À Niamey, les observateurs citent une sagesse populaire : « Celui qui a regardé par le trou de la serrure sait déjà ce qui se trouve sur la table ». Connaissant parfaitement les failles comptables de la SORAZ grâce à son ancien poste, le ministre sait exactement où chercher.

Le mystère des ministres évincés

Cette reprise en main brutale éclaire l’instabilité chronique du ministère du Pétrole depuis le putsch. En trois ans, trois ministres se sont succédé à ce poste stratégique. Un jeu de chaises musicales lié aux secrets de Zinder.

Avant Hamadou Tini, le ministre Mahaman Moustapha Barké avait annoncé en juin 2024 le lancement d’un vaste audit de la SORAZ. Quelques mois plus tard, le 13 janvier 2025, il était arrêté et séquestré par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE). Une détention au secret d’un an, hors procédure judiciaire, jusqu’à sa libération le 6 janvier 2026. Son successeur, Dr Sahabi Oumarou, nommé en urgence, avait lui aussi tenté de relancer l’audit en février 2025 avant d’être écarté.

Des sources sectorielles accusent aujourd’hui Hamadou Tini d’avoir joué un rôle actif dans la chute de ses prédécesseurs. Alors qu’il était encore expert pour Mazars, il aurait rédigé des mémos et rapports à charge, orientés, pour discréditer Barké et Oumarou auprès de la junte. Double objectif : éliminer les obstacles au retour de Mazars et profiler le poste de ministre pour lui-même.

Une « Refondation » sous dialyse

L’affaire SORAZ met en lumière les profondes contradictions du régime de Niamey. Alors que la population nigérienne subit les conséquences économiques de l’isolement diplomatique et attend toujours les retombées de la manne pétrolière, les ressources de l’or noir semblent servir des intérêts corporatistes.

L’audit de la SORAZ, initialement réclamé comme un acte de transparence, est devenu l’instrument d’une guerre de clans. Entre les mains du ministre-auditeur, il sert à la fois de bouclier pour masquer les conflits d’intérêts et de tiroir-caisse pour son cabinet d’origine. Pour la « Refondation » promise par le CNSP, le diagnostic est sévère : la gestion du pétrole nigérien n’a pas changé de méthode, elle a simplement changé de bénéficiaires.

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