14 août 2026

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APE Cameroun : une baisse historique des droits de douane pour les produits européens

Une décision majeure a été prise par le gouvernement camerounais pour dynamiser son économie et renforcer ses échanges commerciaux avec l’Europe. Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a officialisé une réduction de 70 % des droits de douane appliqués aux produits en provenance de l’Union européenne (UE) et du Royaume-Uni. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’Accord de partenariat économique (APE) et cible spécifiquement les produits stratégiques pour les recettes douanières du pays.

Parmi les biens concernés figurent les véhicules utilitaires, les carburants, les ciments, les peintures et les emballages industriels. La suppression progressive des droits de douane se déroulera sur une période de huit ans, avec une baisse annuelle de 10 %. Cette initiative s’ajoute aux exonérations déjà en vigueur pour d’autres catégories de produits. Depuis août 2023, les plâtres, les clinkers, les camions, les remorques et les groupes électrogènes bénéficient d’une franchise totale. Quant aux produits pharmaceutiques, engrais, pesticides, ordinateurs, gaz et tracteurs, ils sont exemptés de droits depuis août 2019.

Un impact fiscal maîtrisé malgré les craintes initiales

Lors de leur mise en place, les APE suscitaient des inquiétudes quant à leur impact sur les finances publiques camerounaises. Pourtant, les données officielles révèlent une réalité bien différente. Sur une décennie, les pertes de recettes douanières s’élèvent à environ 103 milliards de FCFA, soit une moyenne annuelle de 10 milliards. Un montant conséquent, mais qui reste gérable au vu de la croissance globale des recettes douanières.

En effet, ces dernières ont franchi un cap historique en 2023, dépassant pour la première fois le seuil symbolique de 1 000 milliards de FCFA. Cette progression, bien que contre-intuitive au vu de la baisse des droits sur les importations européennes, s’explique par une diversification des partenariats commerciaux. Le Cameroun a notamment renforcé ses échanges avec l’Asie, compensant ainsi l’érosion des recettes liées à l’UE.

La Chine, principale bénéficiaire de la dynamique commerciale

L’ironie de cette situation réside dans le fait que la préférence tarifaire accordée à l’Europe n’a pas freiné l’ascension de la Chine. Depuis 2013, Pékin est le premier partenaire commercial du Cameroun, tant à l’export qu’à l’import. Les chiffres sont éloquents : entre 2016 et 2024, la part de marché chinoise dans les machines et équipements est passée de 23,8 % à 52,5 %, soit une progression de 28,7 points. Dans le même temps, la part de l’UE a chuté de 50,1 % à 29,3 % en 2023, avant un léger rebond à 32,3 % en 2024.

Cette tendance soulève des questions sur l’efficacité des préférences tarifaires européennes face à la compétitivité chinoise. L’agressivité des prix proposés par les exportateurs chinois semble avoir neutralisé les avantages initialement prévus par l’APE.

Une répartition inégale des avantages fiscaux

Une analyse des bénéficiaires de ces mesures révèle une disparité structurelle. À la fin 2023, sur les 1 021 entreprises ayant profité des avantages de l’APE, moins de 5 % d’entre elles ont capté 75 % des bénéfices fiscaux. De plus, 80 % des gains ont été concentrés entre les mains des grandes entreprises, laissant seulement 20 % aux petites et moyennes structures. Cette concentration reflète les inégalités d’accès aux procédures douanières préférentielles et la capacité limitée des PME à en tirer profit.

Le Comité de compétitivité a également mis en lumière la domination des secteurs industriel et commercial parmi les 50 premières entreprises bénéficiaires. À quatre ans de l’exonération totale prévue en 2030, le Cameroun doit désormais concilier le maintien de ses liens historiques avec l’Europe et l’adaptation à une économie où la Chine dicte désormais le rythme. Cette recomposition alimente déjà les débats sur la nécessité de réviser le dispositif de l’APE.

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