Afrique : maîtriser les minerais critiques pour une souveraineté stratégique
L’Afrique détient une part majeure des minerais critiques mondiaux, ces ressources essentielles à la transition énergétique et à la révolution technologique. Lors d’une rencontre dédiée aux enjeux géopolitiques et économiques du secteur extractif, experts, décideurs et acteurs de la société civile ont analysé les défis d’un continent positionné au cœur d’une compétition internationale sans précédent.
Les minerais stratégiques, nouveau champ de bataille géopolitique
La demande mondiale en lithium, cobalt, nickel, graphite et terres rares connaît une croissance fulgurante, portée par l’électrification des véhicules et l’expansion des infrastructures numériques. Avec près de 30% des réserves mondiales de ces minerais, l’Afrique devient un acteur clé de ce marché. Plusieurs puissances, dont les États-Unis, la Chine, l’Union européenne, mais aussi des pays du Golfe comme Abou Dhabi ou Riyad, multiplient les partenariats et les investissements pour sécuriser l’accès à ces ressources.
Cette dynamique transforme profondément l’économie politique du continent. Si certains États producteurs, comme la République démocratique du Congo pour le cobalt ou le Zimbabwe pour le lithium, voient leur influence renforcée, d’autres restent vulnérables aux fluctuations des prix et aux risques de l’extractivisme. La Guinée, riche en bauxite, et le Mozambique, doté de réserves de graphite, illustrent cette dualité entre opportunités et défis structurels.
Gouvernance et sécurité : les défis d’une exploitation équitable
Les discussions ont mis en lumière un paradoxe : bien que l’Afrique abrite une part importante des réserves, la valeur ajoutée de ces minerais est largement captée hors du continent. Les infrastructures de raffinage et de transformation se concentrent en Asie, laissant les pays producteurs cantonnés au rôle de fournisseurs de matières brutes. Pourtant, des initiatives émergent pour inverser cette tendance. L’alliance entre la République démocratique du Congo et la Zambie, visant à créer une chaîne de valeur régionale pour les batteries électriques, en est un exemple marquant.
Parallèlement, l’exploitation minière dans des zones instables, comme l’est de la République démocratique du Congo ou certaines régions du Sahel, alimente des économies parallèles et des conflits. Les participants ont insisté sur l’urgence de renforcer la traçabilité des minerais et de promouvoir une coordination panafricaine, s’appuyant sur des mécanismes comme ceux de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE).
Transformer les minerais pour une souveraineté économique
Le concept de « seconde indépendance » s’impose comme une priorité dans les stratégies minières africaines. Il s’agit de rompre avec un modèle colonial où le continent exporte des matières premières pour importer des produits finis à haute valeur ajoutée. Pour y parvenir, plusieurs pays avancent des mesures concrètes : la Guinée exige désormais la construction d’une raffinerie d’alumine dans le cadre du projet Simandou, tandis que le Zimbabwe a interdit l’exportation de lithium brut depuis 2022. La Namibie et le Botswana, quant à eux, renforcent leurs réglementations pour imposer une transformation locale minimale.
Ces orientations, bien que parfois contestées par les investisseurs internationaux, marquent une rupture avec les politiques libérales des décennies précédentes. Les institutions financières africaines, comme la Banque africaine de développement (BAD) ou Afreximbank, jouent un rôle clé en structurant des fonds dédiés à ces projets. Parallèlement, les fonds souverains du Golfe affichent un intérêt croissant pour les actifs miniers africains, confirmant que la bataille pour la souveraineté minérale se jouera autant dans les mines que dans les salles de marché.